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Le temps est compté ou la parabole de Sophie la girafe

  • Par eret
  • Le 24/03/2016

Le temps est compté ou la parabole de Sophie la girafe

Le thème de notre week-end jeunesse était le suivant : la course contre la montre (ou, « Le temps est compté » !). Et la vidéo que nous venons de voir nous a montré un jeune homme qui a remis à plus tard quelque chose d'essentiel. Il a repoussé ce moment où il devait parler de Jésus à son père … et son père est mort avant qu'il ne puisse lui en parler. C'est terrible ! Mais ce n'est pas ce qui me surprend le plus dans cette vidéo. Il y a autre chose d'incroyable dans cette vidéo. Vous l'avez sûrement noté ! Cet homme dort avec Sophie la girafe. Voilà un célibataire d'une trentaine d'années qui dort avec ce jouet pour enfant ! Dans la vidéo d'ailleurs, il s'allonge dessus le jouet (qui produit ce son caractéristique que nous connaissons tous) et se réveille.

Nous voulons donc vous parler ce matin de Sophie la girafe et de ce sentiment que nous avons parfois d'être dans l'urgence. Dans la première partie du culte, Léa nous a parlé de cette décision que nous devons prendre quant à la priorité de nos actions. Si cet homme avait vraiment décidé que le plus important, dans sa journée, était d'aller voir son père pour lui parler de Jésus, il n'aurait pas accepté de déplacer ce rendez-vous, pour aller finalement jouer au golf avec son ami … Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Pourquoi remettons-nous souvent à plus tard des choses importantes, pour finalement même ne pas les faire du tout ?

C'est aujourd'hui le jour du salut !

Revenons maintenant au texte que nous venons de lire (2 Co 5,11-6,2) et dans lequel l'apôtre Paul parle lui aussi d'une urgence. Paul le dit clairement : « C'est aujourd'hui le jour du salut » ! Ce n'est pas demain ni après demain ! Aujourd'hui ! Paul utilise aussi, dans le même passage, les mots « persuader » et « supplier » et nous comprenons que le temps nous est compté. Il y a une urgence.

Nous constatons pourtant que bien souvent nous ne cherchons pas à persuader et nous ne supplions pas vraiment ceux qui nous entourent (de se réconcilier avec Dieu). Hier, avec les jeunes, nous avons même parlé de cette difficulté que nous avons de simplement parler de Dieu aux autres. Avant même de penser à persuader ou à supplier, il faudrait que nous osions parler de Dieu … et trop souvent nous n'osons pas ! Nous avons peur qu'on se moque de nous. Nous avons peur que le regard des autres change et que nos relations changent. Nous avons peur de faire quelque chose d'interdit parce que nous comprenons que dans notre société, il y aussi des règles qui font que certains adultes n'ont pas le droit de parler de Dieu sur leur lieu de travail … Alors comment faire ?

Et qu'est-ce que cela veut dire d'affirmer que le temps est compté ?

Avons-nous reçu le trésor de Dieu ?

La première des questions que nous devons nous poser, c'est de savoir si nous avons reçu le trésor de Dieu dans nos vies. Dans le passage que nous avons lu, Paul explique que ceux qui ont cru en Jésus sont devenus de nouvelles créatures. Il explique ensuite que leur regard sur les autres a changé. Ils ne regardent plus ceux qui les entourent de façon humaine. Un peu plus tôt, dans sa lettre, Paul explique que les chrétiens sont des vases d'argile qui portent un trésor. En disant cela Paul nous rappelle que nous sommes fragiles mais que nous portons le trésor de Dieu. Or cette affirmation nous permet de poser la première question (qui est de loin la plus importante des questions) : avons-nous reçu ce trésor ? Autrement dit « Sommes-nous sauvés ? ». Avons-nous reçu l'Esprit de Dieu en nous ? Sommes-nous chrétiens ? Je ne sais pas ce que vous répondriez si on vous posait cette question (aujourd'hui!) mais je suppose que certains ne sauraient pas trop quoi répondre, notamment parmi les jeunes. « Je ne sais pas », « je crois que oui », « je ne suis pas sûre » … Pourtant c'est un peu comme si on posait la question à des adultes et qu'on leur demande s'ils sont mariés. Ils ne peuvent pas répondre « Je ne sais pas » ou « je ne suis pas sûr » ni même « peut-être ». C'est oui ou non. Et la question peut donc être posée ainsi : « Etes-vous mariés avec Dieu ? ». Est-ce que vous avez pris un engagement avec Dieu ? Un engagement privé et public, qui a peut-être coïncidé avec votre baptême ou votre confirmation et qui fait de vous un enfant de Dieu ? Si c'est le cas, vous portez maintenant le trésor de Dieu. Comme le dit Paul, vous dégagez alors un parfum qui vient de Dieu et ce parfum est une odeur de vie pour certains et une odeur de mort pour d'autres ! C'est incroyable mais vrai. Certains vont être attirés par vos paroles et votre comportement et ils vont même se tourner vers Dieu. Certains vous voient vivre et vous envient. Le parfum que vous dégagez est pour eux un parfum de vie. Tandis que pour d'autres, vos paroles et votre comportement sont insupportables. Si vous leur parlez de Dieu ils ne voudront même plus vous adresser la parole. Ils vont rejetter vos arguments et ils vont même vous rejeter vous. Le parfum que vous dégagez est un parfum de mort … C'est le même parfum mais il ne produit pas toujours le même effet. Cela ne doit pas nous surprendre puisque Paul nous avertit. Il ajoute aussi que nous reflétons la gloire de Dieu. Cela nous dépasse complètement mais si nous nous sommes (d'une certaine façon) « mariés avec Dieu », alors nous reflétons la gloire de Dieu.

Des disciples qui aiment Sophie la girafe !

Pourtant nous sommes vraiment des vases d'argile. Nous sommes fragiles. Nous remettons souvent les choses importantes à plus tard. Nous n'osons pas toujours parler de Dieu à nos amis et nous n'avons parfois pas trop envie de lire la Bible … D'ailleurs, si les corinthiens reflétaient vraiment la grâce de Dieu (et l'apôtre Paul n'en doute pas), ils étaient aussi des chrétiens fragiles et remplis d'erreurs. Au point que Paul ne cesse de les reprendre et de les corriger. Ils ont l'Esprit de Dieu en eux mais ils ont oublié Sophie la girafe ! Nous y voilà ! Il ne suffit pas d'être converti et de recevoir le salut. Il ne suffit pas d'être réconcilié avec Dieu. Il faut être un disciple. A la fin de la vidéo, il y a cette parole de Jésus qui se trouve dans l'Evangile de Matthieu : « Allez et faites de toutes les nations des disciples ». Dieu ne nous demande pas d'être sauvés et de nous arrêter de vivre. Il nous montre que nous sommes appelés à grandir en connaissance, en sagesse et en amour. Il ne nous demande pas non plus de simplement aider les autres à se convertir. Il nous demande d'être tous des disciples de Christ. Lorsque, dans la vidéo que nous avons vu, ce jeune homme n'arrive pas à parler avec son père de Jésus, nous pouvons penser que c'est parce qu'il s'est un peu laissé allé dans sa relation de disciple … Il a manqué de sagesse et il ne s'est pas mis à l'écoute de Dieu. Il n'a pas su saisir l'urgence de la situation.

Dites « C'est grâce à Dieu » !

Or le début de la sagesse c'est la crainte de l'Eternel (c'est ce qui est écrit dans le livre des Proverbes), le respect que nous lui devons. Ce respect, nous pourrons le manifester dans les grandes comme dans les petites choses. Prenons un exemple. Lorsque quelqu'un nous fait un compliment qu'allons-nous répondre ? Simplement « merci » ? Mais alors nous perdrons une occasion de parler de Dieu et de lui rendre ce qu'il lui appartient ! Tout ce que nous faisons de beau et de bien vient de lui. Les musiciens ont bien joué ce matin ? Nous allons les féliciter ? Nous espérons qu'ils sauront répondre « Mais c'est grâce à Dieu » ! Le pasteur a bien prêché aujourd'hui ? Nous allons le féliciter et le remercier ? Nous espérons qu'il saura répondre « Mais c'est grâce à Dieu ». Lorsque vos amis, vos proches, vos collègues de travail vous féliciteront, pensez à répondre par cette expression : « C'est grâce à Dieu ». En le faisant vous reconnaitrez que c'est Dieu qui vous donne la force d'accomplir des exploits. En le faisant vous commencerez aussi à parler de Dieu aux autres et vous susciterez les réactions et les questions. Et petit à petit vous saurez aussi persuader et supplier ceux qui vous entourent. En effet nous l'avons entendu dans cette lettre de Paul, alors que nous avons même du mal à parler de Dieu, Paul nous montre que nous sommes même appelés à convaincre les autres et à les supplier. Or depuis combien de temps n'avons-nous pas supplié quelqu'un ? A part nos parents pour qu'ils nous achètent le dernier iphone, ou nos enfants pour qu'ils arrêtent de se disputer et pour qu'ils se tiennent tranquilles ? Depuis combien de temps n'avons-nous pas supplié quelqu'un de se réconcilier avec Dieu ?

Je vous en supplie !

Si nous sommes attentifs à l'enseignement des apôtres, si nous sommes de nouvelles créatures et que nous nous soucions de grandir en nous plaçant aux pieds du maître, comme des disciples, alors nous allons parfois sentir un sentiment d'urgence face à ceux qui nous entourent. Et parfois nous nous mettrons à supplier quelqu'un parce que Dieu nous aura montré que c'était le moment. Evidemment nous n'allons pas passer notre temps à supplier tous ceux que nous croisons dans la rue. Nous allons parfois discuter et chercher à convaincre, avec douceur et intelligence. Lorsque nous ne saurons pas quoi répondre, nous le dirons avec humilité, puis nous reviendrons vers ces personnes, après avoir réfléchi et nous continuerons à discuter. Parfois il faudra savoir se taire. Et d'autres fois, il faudra savoir supplier, notamment lorsque nous sentirons que quelqu'un est prêt mais qu'il n'arrive pas à se décider. Nous pourrons alors supplier cette personne de se réconcilier avec Dieu. Comme nous pourrons un jour supplier un frère ou une sœur de se réconcilier avec nous !

Que Dieu nous montre le chemin. Si nous n'avons pas encore reçu son trésor. Si nous ne nous sommes pas encore « mariés » avec lui, alors ne tardons pas à le faire. C'est aujourd'hui le jour du salut ! Et si nous l'avons fait et que nous avons l'impression que notre vie est un peu tiède et que nous ne ressemblons pas beaucoup à ces chrétiens dont parlent Paul, qui tentent de persuader ceux qui les entourent et qui n'hésitent pas non plus à les supplier, alors il nous faut peut-être revenir aux pieds de Jésus pour redevenir un disciple attentif aux paroles du maître. Lorsque nous manquons des occasions, Dieu ne nous accable pas. Lorsque nous remettons des choses importantes (et notamment le temps que nous pouvons accorder à Dieu) à plus tard, Dieu ne nous accable pas. Mais il nous montre que nous sommes en train de nous faire du mal. Nous sommes en train de mépriser sa sagesse. Offrons-lui toute notre vie. Faisons du sport pour lui, de la musique pour lui … et reconnaissons régulièrement que ce que nous faisons et accomplissons, c'est … grâce à Lui ! Et décidons de grandir dans notre connaissance, dans notre amour, dans notre sagesse … car le temps est compté et nous allons un jour comparaître devant notre Dieu. Son nom ? L'Eternel, le Dieu de l'univers (Amos 4,12). Préparons-nous donc aujourd'hui pour ne pas être surpris demain !

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Le Cantique des cantiques, un hymne à l'amour et à la sexualité

  • Par eret
  • Le 13/02/2016

Le cantique des cantiques, un hymne à l'amour et à la sexualité !

C'est un sujet magnifique et difficile. Il est magnifique parce qu'il est question, dans ce livre, de sexualité et que, dans toute la Bible, Dieu nous montre que la sexualité est quelque chose de magnifique. Il est difficile parce que, depuis que le péché est entré dans le monde, la sexualité a été pervertie. Elle est parfois magnifique et d'autres fois dramatique.  Et certains ne peuvent pas entendre parler de ce sujet sans être troublés. Ils sont frustrés, blessés, en souffrance. Avant de vous lire quelques versets de ce livre très particulier je voudrais dire combien je pense à tous ceux qui ont été blessés. Je pense aux veufs, aux veuves, aux divorcés. Je pense aux célibataires. A ceux qui n'ont pas connu de sexualité satisfaisante, à ceux qui ont été abusés et qui ne s'en sont jamais vraiment remis. Je pense aussi aux jeunes qui sont allés un peu trop vite en besogne mais aussi à ceux qui en ont déjà trop vu, malgré leur âge … Je pense aux enfants qui doivent être préparés et préservés. J'aimerais que la lecture de ces versets et que le commentaire de ce livre très particulier, soient quand même un encouragement pour chacun d'entre nous. Si Dieu nous a donné ce livre, c'est qu'il avait de bonnes raisons.

Un livre à enlever de nos Bibles ?

Au-delà de ce qui pourrait nous empêcher, personnellement, d'être à l'écoute de ces paroles, il y a aussi toute l'histoire troublé de ce livre. Certains ont d'ailleurs pensé qu'il ne méritait de figurer dans le « canon » des écritures saintes (autrement dit qu'il fallait l'enlever de la liste des livres inspirés par Dieu). Ils ne pouvaient pas comprendre que ces poèmes érotiques puissent être parole de Dieu. Comme pour le livre d'Esther, certains étaient tout simplement troublés que le nom de Dieu ne soit même pas mentionné dans toutes ces pages. Ils ont alors proposé de retirer ce livre de la Bible. D'autres, convaincus comme nous, que si Dieu s'est occupé de l'inspiration des écritures saintes, il s'est aussi occupé de la constitution du canon biblique, ont alors pensé que le cantique des cantiques était une allégorie complète. Ils ont pensé (et beaucoup le pensent encore) qu'il s'agissait, dans ce texte, de parler de l'amour de Dieu pour son peuple, et seulement de cela. Nous ne pouvons nier que Dieu a souvent parlé de son amour en se comparant à un homme qui aime sa femme. L'idée n'a donc rien d'absurde. Mais nous pouvons aussi croire, comme d'autres, que ce livre parle simplement et clairement de l'amour conjugal et qu'il montre toute la beauté et toute la valeur de la sexualité.

Une histoire à trois ?

Il restait encore à éclaircir la question des personnages. Lorsque nous lisons ce livre nous nous demandons s'il n'est pas question d'une histoire à trois ! Nous comprenons qu'il y a une jeune femme (la shunamite), un jeune homme (qui semble être un berger) mais nous voyons aussi apparaître le roi Salomon (qui est, en outre, l'auteur du livre). Nous pouvons alors penser qu'on nous présente l'histoire d'un amour fidèle et courageux entre un homme simple (un berger) et une femme simple (une shunamite), qui, malgré les pressions du grand roi Salomon (qui pensait pouvoir acheter cet amour), sauront s'aimer vraiment.

L'histoire d'un couple

Le commentaire que j'ai lu récemment ouvre une autre voie. Je voudrais vous en parler ce matin. Cela dit, même si vous n'étiez pas convaincu par cette hypothèse intéressante, cela ne change pas profondément le sens et la valeur de ce livre. Nous croyons qu'il s'agit véritablement de montrer combien l'amour d'un homme et d'une femme peut être beau et bon. Cet amour peut s'exprimer dans la sexualité et la sexualité peut nourrir l'amour. Un commentateur fait en effet remarquer qu'il n'est peut-être pas nécessaire de penser qu'il y a trois personnages. En effet, il n'est pas impossible que l'homme et la femme dont il est question, se désigne mutuellement par des « titres ». Ainsi la jeune femme est « Shunamite » (une Salomonesse!) et le jeune homme est « Sholomon » (un roi pacifié), de la même façon, cette femme est pour lui une princesse (une fille de roi 7,2), alors que le jeune homme est non seulement un roi mais aussi un berger et un jardinier. L'amour qu'il porte pour cette femme lui donne la paix (shalom). Il est donc imaginable que nous soyons simplement en train de lire le récit d'un amour conjugal.

Des descriptions touchantes et troublantes

Ce qui est frappant dans ce livre, ce sont ces descriptions que nous y trouvons sur le corps féminin et sur le corps masculin. Ce sont aussi toutes les allusions à l'extase et au désir. Nous sommes vraiment dans le jardin d'Eden (ce qui signifie le jardin des plaisirs) ! Dans le Cantique des Cantiques, la femme s'extasie sur le corps de celui qu'elle aime. Et l'homme fait de même. L’éloge du corps de la femme le plus éloquent se trouve d'ailleurs peut-être dans la bouche du bien-aimé au chapitre 7 (7.2-6, cf. 4.1-5). Son corps entier, sa beauté, le fascine. Il le décrit avec passion et délice. Commençant par les pieds, il regarde ensuite les cuisses et, montant à la partie la plus intime du bassin (que nos traductions appellent souvent le « nombril »!), puis à l’abdomen et aux seins, il arrive à la tête, au cou, aux yeux, au nez ainsi qu’aux cheveux. Nous lisons que le nombril est « une coupe arrondie où le cocktail ne manque pas » (v. 3). Nous comprenons alors combien nos traductions sont pleines d'euphémismes. En fait de nombril, le jeune homme évoque le sexe de la femme et l'allusion à une boisson extrêmement enivrante (7.3, cf. 8.2) parle de jouissance et d'extase. On comprend que cela ait pu choquer !

Le sommet du cantique : l'acte sexuel

Un spécialiste de l'hébreu biblique fait remarquer que le livre peut se partager en deux. Dans le texte en hébreu, il y a 111 lignes jusqu'au chapitre 4 et au verset 16. Puis 111 autres lignes à partir du chapitre 5 verset 1 jusqu'à la fin. Il semblerait donc que le moment charnière de ce livre soit ces deux versets : 4,16 et 5,1. Or, vous ne serez pas surpris de découvrir que ces versets semblent décrire l'acte sexuel. C'est d'autant plus clair quand on a lu tout le livre et qu'on relit ce court passage : « Toi que j'aime, entre dans ton jardin et mange ses fruits délicieux ! J'entre dans mon jardin (…) je cueille ma myrrhe et mes autres plantes parfumées, je mange mon rayon de miel, je bois mon vin et mon lait. Mangez mes amis, buvez, devenez ivres d'amour ! ». Avant ce passage, et au milieu de toutes ces belles descriptions physiques, nous avons lu ce matin le récit d'une insomnie et d'une difficulté (3,1-5) : je suis malade d'amour. Après ce passage, nous avons aussi lu le récit d'une autre insomnie (5,2-8).

Une première insomnie indispensable (3,1-5)

La première insomnie pourrait être celle que nous vivons lorsque nous sommes remplis de désir et de passion mais qu'il n'est pas encore temps d'assouvir cette passion. Dans son insomnie, nous comprenons que la jeune femme voudrait recevoir le jeune homme dans sa chambre. Elle voudrait même le faire entrer dans la chambre où sa mère l'a conçue. Elle voudrait coucher avec lui et officialiser leur union mais ce n'est pas encore le moment. Elle doit attendre et elle est comme « malade d'amour ». « Je cherche celui que j’aime, je le cherche mais je ne le trouve pas » (3,1-2). Nous pouvons, sans difficulté, penser que cette attente est la bonne attente que doivent vivre les enfants de Dieu lorsqu'ils sont remplis de désir l'un pour l'autre. Ce désir est bon mais il doit savoir attendre. Nous pouvons d'ailleurs noter, au passage, que notre société toute entière ne sait plus attendre. Nous sommes dans une société du trop plein et de l'impatience. Nous voulons tout tout de suite. Les enfants reçoivent des dizaines de cadeaux à Noël et que disent-ils après les avoir tous ouverts ? « C'est tout ? ». Et ce n'est même pas méchant dans leur bouche ! Ils ont beaucoup reçu et ils ne sont pas satisfaits pour autant. Nous vivons dans une époque de liberté sexuelle qui ne nous comble pas pour autant. Et même ceux qui reçoivent (et prennent) beaucoup ne sont pas satisfaits. Avant de vivre l'acte sexuel qui se trouve au centre du livre, la jeune femme et le jeune homme vont devoir attendre. Ils brûlent de passion mais ils sauront attendre le jour de leur engagement. Même si ce n'est qu'une évocation, le mariage est en effet présent dans le cantique des cantiques (3,11). Nous pouvons alors penser que c'est cet événement qui permet alors aux amoureux de pouvoir (enfin!) s'abandonner l'un à l'autre.

Une deuxième insomnie inévitable (5,2-8)

La deuxième insomnie est différente. La jeune femme et le jeune homme ont déjà connu les plaisirs de la chair. Et pourtant le texte que nous avons lu ce matin (et qui raconte cette deuxième « insomnie ») nous décrit des difficultés entre eux. L'homme vient vers la femme mais celle-ci n'est pas prête. Puis elle vient vers lui et il n'est plus là … Elle avait tout préparé. Elle est sans chemise de nuit et lavée (5,3). Enfin, il arrive. Il veut entrer mais, maintenant, pour elle ce n’est plus le moment (v.3). Il n’est pourtant pas découragé et il persiste (v10). Pleinement éveillée maintenant, elle commence à « ouvrir » à son chéri (vv. 5-6), mais il n’est plus là. Elle « cherche », mais elle ne le trouve pas. Il n’est plus au rendez-vous (v. 6). Dans son ardeur amoureuse, elle se sent comme une fille des rues (v. 7, cf. 3.2). Frustrée, elle s’exclame: « Je suis malade d’amour! » (5.8) N'est-ce pas là une image de ce qui arrive souvent dans l'amour et en particulier dans la sexualité ? Nos envies et nos désirs ne sont pas toujours communs. Parfois l'un a envie et l'autre pas. Et parfois lorsque l'envie de l'un s'est envolée, l'envie de l'autre a fini par grandir … Vous avez peut-être connu ces moments difficiles où nous devons apprendre à nous « ajuster ». Ces moments qui nous rendent parfois malades d'amour. Ce n'est pas parce que nous sommes mariés que tout sera facile. C'est une étape indispensable pour que la sexualité soit vécue dans la sécurité et dans la stabilité. Mais cela ne suffit pas. Il faut ensuite s'avoir s'attendre et s'ajuster. Il faut apprendre à connaître l'autre et accepter d'être parfois insatisfait. Nous voyons donc que le cantique des cantiques nous parle véritablement d'amour. Ce n'est pas la sexualité qui est plus forte que la mort. Ce n'est pas l'acte sexuel qui sauvera notre couple. Ce n'est pas non l'acte sexuel qui nous comblera vraiment. C'est l'amour véritable qui permet une sexualité épanouie. Et alors la sexualité peut nourrir l'amour. Mais nous croyons aussi qu'il est possible de vivre pleinement l'amour sans acte sexuel. Nous croyons, non seulement que les célibataires peuvent être heureux sans relation sexuelle (comme certains veufs ou personnes divorcées) mais nous croyons même qu'ils peuvent être plus heureux que certains qui vivent une sexualité débridée et sans amour … Nous devons redire à notre société que la sexualité est une belle chose voulue par Dieu. Nous devons dire à notre société que les chrétiens n'ont aucun problème avec le sexe. Mais nous devons aussi dire à nos proches qu'il est possible de vivre sans relation sexuelle (pendant un temps mais aussi pendant longtemps). Nous devons dire aux jeunes combien il est bon d'attendre. Nous ne sommes pas en train de dire que c'est facile. Mais nous pouvons quand même leur dire que la vie est faite de choix et de renoncement. Se marier c'est renoncer aux autres pour se donner de façon exclusive comme Dieu se donne à nous. Rester célibataire (que nous le choisissions ou que nous le subissions) c'est aussi un renoncement et cela devient parfois un choix. Mais le mariage n'est pas plus facile que le célibat et tous les deux recèlent des trésors. Saurons-nous les découvrir ?

 

Si je n'ai pas l'amour

Si je n'ai pas l'amour je suis une cloche qui résonne (1 Corinthiens 13). Si je n'ai pas l'amour je ne suis rien. Je peux être une « bête de sexe », si je n'ai pas l'amour je suis une cymbale sonore. Mais si j'ai l'amour ; si je comprends que Dieu m'aime ; si je comprends que j'ai de la valeur à ses yeux, alors tout est transformé dans ma vie, non seulement ma sexualité mais aussi mes amitiés, ma relation avec mes parents, avec mes collègues de travail ... Le cantique des cantiques est bien un hymne à l'amour et à la sexualité. Il nous rappelle donc aussi que Dieu nous aime comme un jeune homme aime une jeune femme. Dieu ne veut pas simplement parler avec nous. Il ne veut pas d'une relation platonique et intellectuelle. Il ne veut pas non plus simplement d'une relation « sexuelle », émotionnelle, faite seulement de désir et de plaisir … Il veut nous aimer pleinement et il attend de nous que nous l'aimions pleinement aussi. Il espère que nous saurons nous « marier » avec lui et il espère que nous saurons nous ajuster avec lui. Que nous saurons l'attendre et que nous saurons accepter qu'il soit différent de nous. Son amour est fort. « Ses ardeurs sont des ardeurs de feu. Une flamme de l'Eternel » (8,6).

Soyons convaincus de l'amour de Dieu pour nous. Essayons, avec son aide, de grandir dans cet amour. Témoignons de cet amour autour de nous. Notre amour conjugal, nos amitiés, l'amour que nous portons à nos proches … Tout cela témoignera (ou pas!) de notre amour pour Dieu ! Que Dieu nous vienne en aide !

Pascal Gonzalez, pasteur de l’Eglise Réformée Evangélique.