Prédication du dimanche

Prédication du dimanche - Eglise Réformée Evangélique de Toulouse, 24-26 rue du sergent Vigné.

Une humanité double : homme, femme, pourquoi ? Identité, relation, avenir.

Gen. 1.26-28 et 31.  

Gen. 2.18-25. 1

Cor.6.12-20 et 7.1-7. 
 

Il y a quelques mois l’express intitulé un Dossier : « Les philosophes et la guerre des sexes ». Voici ce qui est écrit : « Les grands penseurs n’ont pas forcément brillé par leur esprit critique lorsqu’ils se sont penchés sur la relation homme-femme et la question de la différence sexuelle. Aristote qui influença toute la tradition occidentale décrète dès le 4eme siècle avant Jésus-Christ que la femme n’est qu’un vulgaire réceptacle à la substance fécondante masculine ». « La distinction sexuelle dès l’antiquité est plutôt comme une donnée de la nature que l’on ne discute pas. Platon divise le genre humain en mâle et femelle comme les pairs et impairs, dans la République ». « La femme est ontologiquement inférieure à l’homme ». Arthur Schopenhauer 1851  « Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d’intérieur, appliquées au ménage et des jeunes filles aspirant à le devenir et que l’on formerait non à l’arrogance mais au travail et à la soumission » (Essai sur les femmes).  


Sois loué Eternel notre Dieu. Merci de m'avoir fait homme et pas femme. C'est la prière que faisait chaque matin le grand-père de G. Halimi, rabbin, devant son épouse qui répondait: "Soit loué Eternel notre Dieu. Que ta volonté soit faite." (La nouvelle cause des femmes, Seuil, 1997), p. 88; cette prière est dite dans le film israélien de A. Gitaï, Kadosh, sorti en France en septembre 1999, et que je recommande).  


Le christianisme aurait pu faire bouger les lignes. Jésus prônant l’égalité des deux sexes humains devant Dieu. J’ai lu récemment un livre intitulé « Le Rabbi qui aimait les femmes ». L’auteur montre que Jésus est le premier à prendre parmi le cercle des personnes enseignées des femmes de diverses conditions sociales. Mais… et nous connaissons en partie la suite.

J’avais écrit un article intitulé : « un don de Dieu : la sexualité ». Apprécié par plusieurs mais rejeté par d’autres. Une dame âgée lors d’un entretien m’a exprimé son désaccord en trouvant scandaleux de parler ainsi.

La Bible en parle telle ? Oui. Alors en traitant de ce don avec respect et humilité, les textes bibliques qui en parlent et leurs commentaires ont leur place dans l’église et pas seulement dans des réunions particulières. On parle du péché dans le culte et l’on ne devrait pas parler de la création de l’homme et de la femme, de la sexualité !

Dieu ne pouvait  rassasier son regard en présence que de l’homme. C’est pour cela qu’il est dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » mais son regard a pu pleinement se rassasier après la création de la femme et la bible précise : « Dieu vit que cela était très bon ». Réjouissons-nous avec le Seigneur de cette humanité double. Adressons notre reconnaissance de ce qu’Il a voulu et créé la sexualité ; c’est beau, bien et bon… Ce thème a pleinement sa place dans un culte comme ce matin. 

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui lui convienne parfaitement ! » Ce texte n’exprime pas seulement, pour combler la solitude, le besoin de la femme pour l’homme et de l’homme pour la femme ; il nous donne des informations importantes sur l’identité de l’être humain.

Il montre que l’humanité sera toujours composée d’homme et de femme. L’humain n’est pas créé pour vivre seul, il est un « être avec ». Aucun humain n’est une ile seule, chacun aura besoin de découvrir le prochain, la prochaine. Cette dimension communautaire ne supprime en rien l’individu. C’est à partir du couple, de la communauté que l’individu se forme. C’est aussi le regard de l’autre, le parent d’abord et celui de notre prochain qui permet d’intérioriser que nous sommes quelqu’un, de prendre conscience que  « je suis ». Quand est-ce que l’homme pour la première fois a utilisé le « je », cette première personne du singulier ? Ce n’est pas devant un animal mais pour Adam c’est en présence d’Eve. Il dit: «Cette fois c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ». 
 
Ce texte précise : « Je lui ferai une aide qui sera son vis-à-vis ». La vocation de l’homme est de vivre en relation avec Dieu parce qu’il est image de Dieu. L’image, la photo représente la personne. Un lien est tissé entre les deux, entre la personne et l’image qu’elle représente. Il en est de même entre Dieu et l’homme. L’expression : « Vis-à-vis » veut-dire : « être avec ». Comme l’homme est avec Dieu, l’homme sera avec la femme, la femme avec l’homme. Sans oublier que la femme est aussi avec Dieu car elle est aussi image de Dieu. Pour accomplir leur vocation de servante et de serviteur de Dieu, de gérant du monde et perpétuer l’humanité, l’homme et la femme ont besoin l’un de l’autre,  « de cette  aide qui est son vis-à-vis ». Il est aussi possible de dire que la relation de l’homme et de la femme représente symboliquement la relation qu’ils ont avec Dieu. Mais quelle est la portée de cette affirmation ? « La sexualité est le signe (…) de l’altérité par laquelle Dieu révèle sa propre altérité. »  Cette différence entre l’homme et la femme renvoie à la différence entre l’humain et Dieu et à la nécessité de  reconnaître Dieu et d’accepter la différence entre l’homme et la femme, pour vivre la plénitude humaine. Cette interprétation est confirmée dans le récit de la rupture de la relation entre Dieu et Adam et Eve. Ils s’opposent à Dieu, ils ne sont plus allése avec leur sexualité. Ils ont honte de leur nudité ; ils ont besoin de cache sexe.  
 
Dieu en créant cette humanité double : un homme une femme, communique un message fort sur l’identité de l’humain homme et de l’humain femme.    

  • La similitude. « Os de mes os, chair de ma chair ». L’homme et la femme sont de même essence, de même nature … humaine, pas animale, pas divine. Cette similitude est constitutive de leur être. L’homme et la femme sont création de Dieu. Ils portent les deux l’image de Dieu. Ils sont ensemble chargés de gérer le monde, de vivre une relation privilégiée, en accord permanent. Ils sont dignes de respect. Ils sont responsables chacun devant Dieu. Ils sont semblables, ils sont égaux.
  • La différence. L’homme et la femme ne sont ni un animal, ni un Dieu. Ils portent en eux par leur sexualité cette différence qui fait appel à l’autre pour exister, tant pour venir dans ce monde que pour y vivre. Cette différence est aussi constitutive de leur être.  Cette différence n’est pas seulement une altérité numérique (la différence entre les hommes entre eux ou les femmes entre elles mais une altérité qualitative ou structurelle. La différence est d’ordre biologique, génétique, chromosome XX pour la femme et XY pour l’homme, physique, psychologique etc. Cette différence dans la perspective biblique n’est pas accidentelle mais essentielle. L’homme et la femme n’ont pas d’existence en dehors du masculin et de féminin.
  • La complémentarité. L’homme, il n’est pas bon qu’il soit seul. On peut dire la même chose pour la femme. C’est dans l’acceptation de cette réalité qu’ils pourront accomplir le projet de Dieu pour eux. C’est valable pour le couple comme pour l’ensemble de l’humanité. 
  • La ‘non autonomie’. Ou la finitude ontologique et sexuée. « Devant le Seigneur, la femme ne va pas sans l'homme, et l'homme ne va pas sans la femme. En effet, Dieu a fait la femme à partir du corps de l'homme. Mais l'homme vient au monde grâce à la femme, et tout vient de Dieu. » (Cor 11:11-12) Paul résume cette dépendance de l’homme et de la femme, dépendance envers Dieu et envers les autres. L’homme ne peut combler cette solitude que dans le regard vers la femme, qui lui rappelle la présence de Dieu et sa bonté puisqu’il leur donne d’être, de vivre en relation et peut-être de procréer. Sans l’acceptation de l’autre c’est, une identité perturbée, une relation désordonnée et pas de procréation possible. 

 
Comment se constitue l’identité sexuée ? *

l’enfant naît dans une histoire qui le précède, dans un discours, dans des attentes qui vont avoir un grand impact. Les projections parentales peuvent infléchir profondément l’orientation sexuée d’un enfant.

* le sexe anatomique n’est pas équivalent à la sexuation psychique. Dans son appartenance à son sexe anatomique, l’enfant va chercher le sens et la connotation de son sexe dans le regard de ses parents, de son entourage: c’est le deuxième aspect fondamental. Le regard positif ou au contraire dévalorisant sur chacun des sexes va déterminer beaucoup de choses. Les rapports existant entre les adultes, en lien avec leur identité sexuée d’hommes et de femmes, inscrivent d’entrée l’enfant dans un certain rapport au monde.

* Cela signifie que bien des tendances ne sont pas innées, mais très précocement acquises, et s’imposent à celui qui en est porteur. Il pourra bien sûr lutter contre, ne pas mettre en acte,  mais alors cela se fera parfois au prix d’une longue lutte douloureuse. Un enfant qui entendra des paroles positives concernant son identité sexuée et celle de chacun de ses parents sera  beaucoup mieux armé pour intégrer sans difficulté cette dimension de son être.

* les premières expériences sexuelles ( à type de séduction par un adulte, de jouissance voyeuriste…) jouent un grand rôle dans l’apparition des perturbations des conduites sexuelles.

* l’identité se construit à travers des mécanismes successifs d’identification (vouloir être comme). S’identifier à un être dévalué, ou violent, ou au contraire vécu comme inégalable, ou qui a gravement dysfonctionné dans sa place (inceste, maltraitance) peut être impossible.  

* Un attachement trop grand à l’un des parents comporte le risque de fixer le sujet dans une position passive, ou d’interdire le désir pour l’autre sexe.  

* Freud parle d’une bisexualité psychique de départ (c’est vrai aussi du point de vue anatomique chez l’embryon), par contre le sexe génétique est fixé dès la conception. L’appartenance sexuée se construit. La mère est le 1er objet d’amour pour les deux sexes. Selon la façon dont s’introduira et sera introduit le père (autre différent dans son identité sexuée), selon la régulation des conflits du complexe d’Oedipe, et sa résolution par identification au parent de même sexe, il y aura facilement intégration du sexe anatomique ou non. Tout ce processus se met en place dans les premières années de l’enfance, puis entre en sommeil, pour être repris à l’adolescence. 

 
* l’adolescence est la phase où le sujet recherche son identité propre. Elle comporte une phase d’amitiés très exclusives, avec des personnes de même sexe. Il faut se garder d’y projeter d’emblée un devenir homosexuel. C’est un passage. Devant son corps qui change, dans lequel il ne se reconnaît plus, dans un moment où il se distancie de ses attaches parentales, l’adolescent cherche à se rassurer auprès de son semblable, celui qui peut le comprendre. C’est là la fonction de l’ami intime, et celle des pairs.

Mais à ce moment-là, la sexualité est devenue possible “en vrai”. Le danger d’une fixation existe: soit s’il y a une tendance déjà présente, soit si l’adolescent est pris dans une relation très dépendante avec un adulte de même sexe.

La découverte de notre sexe dès les premières années de vie, son acceptation souvent dans la difficulté n’est-elle pas déjà une expression de la sexualité ?  Le désir qui s’exprime déjà dans un rapport différent de la fille avec son père, du fils avec sa mère. Ensuite la découverte de son propre sexe dans la préadolescence et l’adolescence avec cette énergie qui pousse au besoin de caresser et d’être caressé, à la dépense au cours d’activités physiques (sports ou violences), artistiques (poème, peinture, musique…), éducatives (animation) et altruiste (humanitaire) visible chez les pré-adoscents(es) et les adolescents(es) ; avec des ressemblances et des différences entre les garçons et les filles.  Tous ces éléments sont importants pour nourrir le débat d’aujourd’hui  entre le sexe et le genre. Cette réalité sexuelle, cette expression de la sexualité a un sens, il constitue notre identité comme j’ai essayé de le montrer. S’il est important de comprendre physiquement et psychologiquement la sexualité, les différences entre le garçon et la fille, l’homme et la femme, il est  aussi important de comprendre  pourquoi Dieu l’a voulu ainsi, d’où cette réflexion. Les sciences nous aident dans la découverte de ces différences mais seule la Bible nous permet dans découvrir le sens. Cette sexualité n’est-elle pas aussi «la promesse de relation authentique, mais là seulement où les deux partenaires se reconnaissent indispensables l’un à l’autre dans leur différence irréductible.» 


 
Une relation privilégiée.

Dieu en créant cette humanité double, pour l’homme comme pour la femme, n’a pas opté pour une relation simplement amicale mais pour qu’ils puissent vivrent une intimité forte. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront un  seul être ».

Il faudrait prendre du temps pour montrer comment le couple se forme et définir le mariage et ce que Dieu souhaite pour une vie épanouie du couple mais je ne le ferai pas ce matin. Je soulignerai seulement que Paul parle d’une manière forte de  cette relation entre deux personnes, relation qui implique toute la personne et pas seulement les deux corps. « Ils deviendront un seul être ». Paul en parlant aux Corinthiens du problème avec les prostituées sacrés, le montre. « Ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? » 1 Cor. 6.16. La sexualité imprègne toute notre personne. De plus on peut faire remarquer que le principal organe de la sexualité n’est pas ce que l’on pense mais le cerveau. 

  « Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit et de même la femme à son mari. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. Ne vous privez pas l’un de l’autre si ce n’est d’un commun accord » 1 Cor. 3-5.

Ce texte avec bien d’autres, exprime aussi l’égalité entre l’homme et la femme. La femme n’a pas autorité sur son propre corps ; l’homme n’a pas autorité sur son propre corps ; mais c’est l’autre. Paul est révolutionnaire pour son époque en raison de la place seconde, très souvent très secondaire, tenue par les femmes à l’époque. Paul revalorise la femme et met l’homme à sa juste place. En insistant sur l’égalité Paul ne nie pas la différence et la complémentarité déjà citées.

La prise en compte permanente de ces trois réalités humaines:

  • Evite la domination de l’un sur l’autre et induit la décision d’un commun accord. Cette décision commune ne peut se faire qu’après écoute et discussion avec l’autre. D’où l’absolu nécessité du dialogue dans le couple.  
  • Ecarte la dévalorisation. Les deux, ne savent et ne peuvent tout faire.  
  • Cultive la prise en compte de l’autre dans sa réalité. Elle n’oublie pas que cette réalité change en permanence.  
  • Elle permet de vivre dans l’unité, l’amour, l’harmonie.   

 
L’AVENIR. La procréation. Le texte de la Genèse que nous avons lu n’en dit pas plus. Dieu en créant une humanité double : une femme, un homme à voulu donner une identité particulière à l’être humain afin qu’il reconnaisse la présence de l’AUTRE Dieu et de l’autre humain. Il a voulu que puisse se vivre une relation privilégiée entre un homme et une femme. Nous avons là les deux premières raisons d’être de la sexualité. Faut-il en rester là ! Non ! D’autres textes des origines parlent de : « Multipliez-vous ! ». Le professeur Henri Blocher parle d’une bénédiction surajoutée en mentionnant la procréation. Je n’insisterai pas tant la chose est connue et acceptée. Si un mot pour les couples stériles. La sexualité a toute sa place dans leur vie personnelle et de couple. Je questionnerai sur le contrôle des naissances. J’ai régulièrement posé la question suivante à des responsables protestants et évangéliques : « Vous utilisez le contrôle des naissances mais a-t-il un fondement biblique et lequel ? Un long silence suit ma question ! C’est significatif de la difficulté qu’ils ont à donner une réponse. Voici la mienne. Pour faire vite je dirai qu’il a un double fondement :

  • Une relation privilégiée dans le couple pour toute la vie. Dans la période féconde comme dans celle qui ne l’est plus après la ménopause. Il est possible de découpler « Relation privilégié » et « procréation » mais pas Amour et sexualité comme certains le préconisent et le pratiquent dans l’adultère, la pornographie, etc.
  • Une parenté responsable. Dieu a demandé de gérer le monde et aussi sa famille. L’humain n’est pas un animal et ne doit pas se comporter comme lui. Chercher en couple le nombre d’enfants à mettre au monde et à élever, fait parti de sa responsabilité. Certes il ne maitrisera pas toujours. Mais c’est dans le projet de Dieu pour le couple, de décider d’en avoir un ou 5 ou 10 ou 15 ou plus…ou de ne pas en avoir. Les motivations seront liées à ce qu’est le couple (santé, profession, goût, capacité, moyens,…). 

Pour limiter les naissances, le couple va utiliser des moyens de contrôle. 2 remarques sont nécessaires.  

  1. Distinguer les moyens pour éviter une grossesse et les moyens abortifs utilisés après la grossesse pour la supprimer.
  2. Les moyens de contrôle qu’ils soient naturel, mécanique ou chimique ne sont pas à privilégier parce qu’ils auraient une plus grande valeur morale. La méthode des températures (dites naturelle) ne rapprochera pas plus de Dieu que la pilule. Cette remarque est importante pour les chrétiens car en conscience, en bonne conscience et en fonction de leur situation, de leur goût, des possibilités physiques et psychiques ou autres, ils pourront faire leur choix sur le conseil d’un médecin.

 

En conclusion je ferai encore deux remarques : J’ai donné trois sens à la présence d’homme et de femme dans ce monde. Identitaire, relationnel, procréationnel ou avenir. Je n’ai pas parlé du plaisir comme d’un sens spécifique à la sexualité. Le plaisir est une spécificité de la vie. Plaisir de vivre, de manger, de dormir, de prier, de se rencontrer, etc. Cela inclus le plaisir dans la relation sexuelle. Un plaisir très intense même le plus grand, disent certains. Dieu l’a voulu ainsi en situant les zones les plus érogènes aux lieux de la relation physique. Il a même pourvu la femme d’un organe spécifique du plaisir, le clitoris. Le plaisir ! Oui bien sûr pour tout et toute la vie. J’espère n’avoir choqué personne par mon approche et mon vocabulaire et si c’était le cas, je souhaiterai discrètement en parler avec les personnes. La Bible en parle. Elle nous encourage à en parler plus librement comme elle le fait. Nous glorifierons ainsi encore mieux notre créateur et Sauveur. 

 
Pasteur Maurice RAETZ. 
 
 

 

 

 Mariage pour tous -  Le regard d’un chrétien protestant

Maurice Raetz - 2016
 

Introduction :

Merci de m’avoir invité pour traiter ce sujet. Je vous félicite pour le courage que vous avez eu en programmant une conférence sur le sujet. Peu d’églises le font. Ce sujet a monopolisé l’ensemble des acteurs de la vie de notre pays pendant plusieurs mois. Aujourd’hui la loi est votée et elle est en application.

 

1- La loi et ses nouveautés. La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe a été publiée au Journal officiel du samedi 18 mai 2013.

Cette loi permet aux couples homosexuels de se marier. La loi ouvre également la voie de l’adoption à ces couples mariés. Ce texte reconnaît par ailleurs les mariages entre deux personnes du même sexe célébrés à l’étranger avant l’entrée en vigueur de la loi. Il rend aussi possible la célébration du mariage en France lorsque les futurs époux, dont l’un au moins à la nationalité française, vivent dans un pays qui n’autorise pas le mariage entre deux personnes de même sexe (et dans lequel les autorités diplomatiques et consulaires françaises ne peuvent pas procéder à la célébration).

Enfin, cette loi contient des mesures intéressant tous les couples comme notamment la possibilité :

  • de célébrer le mariage dans la commune où l’un des parents du couple a son domicile ou sa résidence,
  • pour chacun des époux de porter, à titre d’usage, le nom de l’autre époux, par substitution ou adjonction à son propre nom dans l’ordre choisi.

Le texte voté ne crée pas une loi spécifique, mais  modifie le Code Civil pour que le mariage soit possible entre deux adultes consentants.

Ce texte étend donc, sans les modifier, les dispositions actuelles du mariage, de l’adoption et de la filiation, en vertu du principe constitutionnel de l’égalité de tous les citoyens devant la loi. Certains vont considérer que le vote de cette nouvelle loi est un changement minime ne touchant que le mariage civil. Ils oublient que depuis 1787 le mariage civil est donné aux personnes non-catholiques du royaume.  Un siècle et demi plus tôt les réformateurs Luther comme Calvin désacralisaient le mariage dans le sens qu’ils considéraient qu’il était un acte social et civil, qu’il n’était pas un sacrement et qu’il pouvait être vécu par tous, les prêtres, les religieux et religieuses etc. Ce fut une grande révolution, un changement symbolique. Le mariage pour tous d’aujourd’hui représente aussi un grand changement. Comment le vit-on ? Faut-il l’encourager ou au contraire le combattre?  Comment allons-nous l’accompagner?

2-  Notre questionnement. Les nouvelles dispositions présentés dans ce nouveau texte sur le mariage, ouvert aux  personnes de même sexe, à l’adoption d’enfants par ces couples et la filiation, nous interrogent particulièrement sur :

  • - La conception biblique du mariage, civil ou religieux, mariage civil et/ou chrétien, mariage catholique ou protestant ? Quel sens donne-t-on à la cérémonie religieuse, à ce que l’on appelle la bénédiction de mariage? Cette cérémonie peut-elle être vécue avec des couples mariés de même sexes ?
  • -  (La sexualité, ses fondements (naturel et/ou culturel) et ses raisons d’être identité, relation privilégiée et procréation)
  • - L’homosexualité et notre lecture de la Bible.
  • - La filiation et ses limites.
  • - La  femme et l’homme, leurs égalités, différences, complémentarités, dépendances, etc. et les stéréotypes liés à la nature et aux cultures. Que nous dit notre lecture aujourd’hui de la Bible ?  
  • - Le chrétien et l’Eglise, quels comportements  pour continuer à témoigner dans ce monde de notre foi au Dieu de la Bible.
  • - Quelle est la vocation du droit civil ?
  • - Nous interroge sur l’accueil, l’humilité, l’amour, les incohérences, comment donner du sens, souligner les responsabilités, avertir sur les dangers, vivre dans la confiance en Dieu pour soi et pour l’autre, aujourd’hui et l’avenir. 

Voici quelques éléments de réponses à ce questionnement :

1- Une humanité double : Femme et Homme.

Nous constatons que l’humanité est composée de femmes et d’hommes, deux sections, deux sexes. Leur présence et l’attirance réciproque observées et analysées à la lumière de la Bible donnent à leur sexualité  un triple sens : - Pour une identité (égalité, différence, complémentarité, dépendance, relation, ordre, etc..) - Pour une relation privilégiée. - Pour procréer. Nous recevons cette réalité qui habite chacun comme un don de Dieu, d’autant plus qu’elle nous renvoie à Sa présence, parce que l’être humain est à son image1.  Que faisons-nous de ce don ?

2- Une humanité déchue.  

a. La condition humaine. La Bible et Paul en particulier dans Rom. 1.18-322,  offre  un diagnostic de la condition humaine qui, dans son état actuel, est désordonnée. Elle est en rébellion à l’égard de son créateur.  La liste des comportements injustes de Romains 1.26-323 est donc une liste de symptômes. La maladie sous-jacente n’est ni la sexualité, ni l’homosexualité ni autre chose, mais celle, concernant l’humanité tout entière, tombé sous le pouvoir du mal. (Rom.3.23.) Paul donne une vision globale de la déchéance de l’humanité. Il identifie les comportements homosexuels car ceux-ci illustrent la manière avec laquelle la déchéance humaine distord l’ordre créationnel.

L’homosexualité n’est pas a priori « pire » que les autres actes mentionnés en Romains 1.29‐31 (parmi lesquels se trouvent le meurtre, mais aussi des péchés souvent considérés comme moins graves : la méchanceté, l’avidité, la ruse, la diffamation, etc.). Mais tous séparent l’être humain déchu de Son Créateur et entraînent de fait Son jugement et Sa condamnation.

b. Approuver le mal.   Pour  Paul ceux qui approuvent de tels actes sont également condamnable (Rm1.32), car en  approuvant, ils se perdent eux-mêmes et confirmant les autres dans leur comportement ils les égarent. Ainsi ils retiennent la « vérité captive ». 
 
 
 
c. Juger l’autre.  Il est inexcusable de juge6r l’autre, car, en prenant ses distances et en se positionnant sur un niveau moral supérieur, celui qui juge ne reconnaît pas que son propre comportement est aussi symptomatique d’une humanité malade.   Tous, nous sommes coupables, malades. Pour Paul, le mal fondamental est le refus d’honorer Dieu et de lui rendre grâce (Rm 1.21). La colère de Dieu, en conséquence, consiste à laisser l’idolâtrie humaine poursuivre sa course destructrice, subir les conséquences de son propre péché, l’homosexualité en est une parmi tant d’autres.
 
3- L’homosexualité.

a- Le sujet est difficile, complexe et fortement émotionnel. Il est source de division. Car entre une acceptation de l’homosexualité comme expression de la sexualité, et son refus, il n’y a pas de voie médiane.  

b- L’homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les cultures. Sa genèse reste inexpliquée.

c- Au cœur du débat ne se trouve pas seulement l’homosexualité  comme un concept abstrait mais des personnes homosexuelles. Chaque fois que l’on parle de personnes, c’est rencontrer beaucoup de souffrances, de solitudes, de jugements, des moqueries et de la réprobation qui en ont conduit plusieurs jusqu’au suicide. C’est dramatique.

d- Les homosexuels se découvrent avec cette orientation. Ils considèrent qu’elle est naturelle, donc normale. Elle devrait être acceptée comme une alternative sexuelle et d’égale valeur avec l’hétérosexualité. Notre lecture des textes bibliques nous donne de considérer que l’homosexualité est un mal parce qu’une altérité ontologique est manquante dans cette pratique ainsi que l’impossibilité de procréer. (Rom. 2.26-27). Le mal a atteint la  nature humaine de l’homme en suscitant des dérèglements  de toutes sortes comme le mensonge, le vol, la violence, etc. Ce qui est inné ou apparaît comme tel, n’est pas automatiquement normal c’est-àdire bien. Les personnes ne sont pas responsables de leur tendance homosexuelle mais ils le sont en ce qui concernent leurs pensés et leurs actes homosexuels. (Jn.9.2.) Toutes personnes conscientes du mal pensé et commis, qui demandent pardon pour ses défaillantes, reçoivent par la foi en Jésus-Christ le pardon, la présence de l’Esprit Saint pour une perspective de vie transformée.

e- La filiation. Même si nous sommes en désaccord avec l’accueil d’enfants, par adoption, PMA (Procréation médicalement assistée) par des couples homosexuels, ou GPA (gestation pour autrui) nous devons considérer que l’enfant accueilli n’est pas responsable des prises de positions des parents et d’autres adultes. N’augmentons pas leurs souffrances en les laissant dans une situation de « sans papiers ». Nous encourageons la régularisation de ces situations. 
 
4- Une humanité sauvée.

a- La confession du mal pensé et commis et la foi en la parole du Christ donnent la grâce pour surmonter le mal. C’est la grâce de Dieu qui transforme la vie d’une personne par le pardon et la régénération et lui permet de vivre selon la volonté de Dieu. (Rom. 14.17 et 23 ; Eph.2.8-10 ;1 Jn 5.4). Cette grâce est reçue par la foi et pas par les œuvres. Cette grâce prime sur le comportement de toute vie. La foi avant la qualité. Tout pécheur repentant a donc sa place dans l’Eglise de Christ, quelle que soit ses problématiques et donc son orientation sexuelle. L’Eglise qui vit de la grâce est appelée à accueillir toute personne sans discrimination de sexe, de race, d’origine, de milieu, d’orientation y compris sexuelle, afin de les aider à vivre leur vie et leur foi dans la fidélité à la Parole de Dieu.

b- Une Eglise en chemin. La communauté chrétienne est appelée à souffrir avec l’humanité.

  • Elle a l’exigence de l’amour. « Aimer la personne et détester le péché ». Ne permettons pas à la haine du péché d’influencer notre amour pour la personne.
  • Elle a la nécessité de demander pardon pour les tords commis en particulier à l’égard des homosexuels.
  • Elle a la responsabilité de l’écoute et du dialogue  pour la communication du message de l’Evangile à toutes personnes. Dans cette attitude l’Eglise pourra apprendre à connaitre le prochain (ses désirs, ses attentes, ses angoisses, ses colères, ses questions, ses convictions etc.) et mieux l’aimer.   

 
5- Du discernement.

a- L’amour ce sentiment éprouvé à l’égard des autres, et même commandé par le Seigneur : « Tu aimeras le Seigneur… Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ne peut-être le seul critère pour justifier un comportement. D’autres éléments sont nécessaires afin d’éviter diverses formes de dérives comme la polygamie ou la polyandrie (partage non exclusive de la vie intime d’un homme ou d’une femme), l’adultère (la trahison du conjoint), l’inceste (le déni des générations), la pédophilie (le déni de respect ou d’autorité, d’un adulte sur un enfant), etc.

b- L’égalité entre humains est une revendication normale car l’homme n’est pas supérieur à la femme et les humains entre eux. Ils sont tous créatures humaines, doivent assumer les mêmes responsabilités cultuelle (gérer le monde), et spirituelle (communiquer directement avec Dieu). Cette égalité devrait s’exprimer dans le couple dans la relation sexuelle (1Cor.7.3-4) comme dans le respect et la dignité. Mais cette égalité à ses limites.  Car, comment prendre correctement en compte la complexité de la gestion des relations hommes-femmes ? On ne peut pas confondre une institution mariant les contraires (homme-femme) à une association des semblables (homme-homme, femme-femme). On ne peut pas considérer qu’il y a égalité entre l’institution mariage et l’association de semblables pour les inclure dans le mariage. Le droit n’est pas un simple outil pour gérer les désirs privés  mais « le droit est fait pour mettre de la clarté dans les faits, et de la hiérarchie entre les valeurs ». Un véritable saut « qualitatif » sépare la protection de l’individu homosexuel contre les discriminations liées à ses tendances, et la reconnaissance du mariage du couple homosexuel en tant que tel. Le droit social ne peut être confondu avec le droit des personnes. Une amélioration du Pacs serait préférable.

c- La différence entre les personnes n’est pas absente de la relation homosexuelle affirment certains. Oui, mais la différence entre les hommes et entre les femmes est « numérique », dû au nombre, ils ne sont pas des clones. Alors que la différence entre un homme et une femme est « ontologique » car elle   touche leur identité sexuelle. Elle est chromosomique (L’homme est XX et la femme XY). Elle est relationnelle et procréationnelle (impossibilité).  Il faudrait mentionner, les différences dans les perceptions des choses de la vie, la psychologie, la relation à l’autre, enfant comme adulte, etc. Cette différence reste « ontologique », même si la culture, l’éducation, la relation avec les autres, etc., va influer sur la perception de son propre sexe, l’être fondamental de conception et de naissance reste toujours présent et ne peut être gommé, seulement, est c’est très important, pris en compte, pour réduire les souffrances et permettre l’épanouissement de la personne. 
 
6- Des distinctions

a- Distinguer entre la pratique désordonnée d’une passion charnelle et la recherche du vrai amour. Il nous faut considérer que cette recherche est mal orientée. Nier cette réalité c’est risquer de compromettre la réorientation de cet amour vers la chasteté ou une relation hétérosexuelle, en comprenant que Dieu à quelque chose à dire sur cet amour et rendre la personne capable d’aimer autrement.

b- Distinguer entre vie intérieure et vie extérieure. Regardons au cœur et ne nous arrêtons pas sur l’apparence et l’expression extérieure. La foi est avant la vertu. Cette dernière découle de la grâce conséquence de la foi. La transformation intérieure est nécessaire pour vivre autrement.

c- Distinguer entre accueillir, accepter la réalité et approuver ou désapprouver. Toute personne doit être accueillie et acceptée. Dans toute personne il y a des attitudes à approuver et désapprouver.

d- Distinguer entre renoncer à certaines responsabilités, et l’impossibilité de les exercer. Tout chrétien à des dons et peut assumer des responsabilités dans l’Eglise. Il peut arriver que certains services accomplis par des chrétiens en lutte contre certains péchés (alcoolisme, homosexualité, etc.)  choque d’autres chrétiens. Pour cette raison y renoncer est un geste d’amour et de respect de l’autre.

e- Distinguer entre revendiquer et lutter pour en sortir. Revendiquer une attitude comme normale et reconnaitre son problème et lutter contre ce mal. Ce dernier point décrit la situation de tous chrétiens. Certaines situations sont comme des addictions, desquelles ont ne sort pas, ou avec beaucoup de difficultés.                                                              
 
f- Distinguer n’est pas discriminer. Quand l’homophobie est définie comme comprenant l’ensemble des attitudes négatives à l’égard de l’homosexualité,   rappelons que distinguer n’est pas discriminer et que poser des repères et des limites n’est pas exclure mais permettre ou obliger à se situer. Poser des questions et y réfléchir, prendre des positions opposées n’est pas de l’homophobie. Par contre exprimer des injures et de la violence c’est de la haine et c’est inacceptable. 
 
7- De la sagesse.

a. Il est nécessaire de reconnaitre comme normal des divergences de point de vue sur les questions éthiques. Ne rejetons pas facilement ceux qui ne pensent pas comme nous. Les questions éthiques ont leur importance mais restent secondes, parce que le salut n’est pas la conséquence de nos bonnes pratiques dans la vie mais de la foi en Celui qui est mort et ressuscité pour nous, de notre foi en Jésus-Christ. N’oublions jamais que c’est cela qui est au cœur de l’évangile, la bonne nouvelle. En le vivant nous  glorifions notre Dieu. De plus cette reconnaissance qui nous donne de renoncer au mal.

b. Proposer et non imposer. Attention aux abus de pouvoir.

c. Reconnaitre que l’aide de personnes formées et compétentes est nécessaire pour correctement accompagner les personnes en difficultés.

d. Une demande de cérémonie religieuse par un couple homosexuel marié ne devra pas être rejetée d’emblé mais accompagnée par une explication de sens du mariage et de la cérémonie religieuse comme suit :  

  • Le mariage est une alliance créationnelle. Cette alliance est définie par une parole instituante, avec un engagement qui lie pour la vie entière. Le oui qui donne un nouveau nom. Elle se contracte devant témoins de façon publique. C’est le oui prononcé devant celui qui a en charge l’ordre social. Cette alliance est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. Dieu est témoin de cette alliance, qu’il y ait cérémonie religieuse ou non. Elle est l’image à l’échelle humaine de l’alliance entre Dieu et sa création, puis, suite à l’irruption du péché dans le monde, entre le Seigneur rédempteur et son peuple.
  • Le mariage n’est pas qu’un acte privé entre un homme et une femme ; il n’est pas qu’un acte religieux ; il est un acte social et public qui fonde la plus petite cellule de la société. Sa constitution implique dans l’ordre, quatre éléments :  
    • Un homme et une femme.  
    • Un choix personnel (un libre accord avec amour, respect et fidélité, un projet de vie commune et un don de soi à l’autre, total et pour la vie)  
    • Un acte social (validé devant ceux qui ont la responsabilité de l’ordre social, avec publicité, pour l’ordre et la protection du plus faible).  
    • Une unité de vie (avec partage de la vie sexuelle et affective, des responsabilités matérielle, professionnelle, sociale, religieuse et familiale). 

                                                            
 Ils sont nécessaires pour établir cette alliance voulue par Dieu, dès les origines de l'humanité pour tous les êtres humains et pas seulement pour les croyants. Ils sont d’ordre théologique et juridique et caractérisent « l’être du mariage ». Le mariage n’existe pas en plénitude si l’un des éléments vient à manquer. Le mariage est un contrat entre un homme et une femme dont la sortie n’est pas libre. Pour y mettre fin, il est nécessaire de passer devant celui qui a en charge l’ordre social (un juge) 

  • La finalité du mariage est l’épanouissement du couple et de chacun des conjoints avec un partage privilégié, une relation sexuelle unique et si possible la venue d’enfants. Le mariage consolide un  triple lien : conjugal, parental et fraternel. Il contribue à l’ordre dans une société en désordre. Il se réalise aussi en manifestant dans la durée, l’image vivante du Dieu de l’alliance. Si l’homme, en tant qu’image de Dieu, reçoit la vocation d’être “ le visage du Seigneur ” au sein de la création, le couple chrétien, lui, a pour tâche de faire de sa vie à deux le lieu où puisse se reconnaître, au milieu du monde, la présence, la compassion et la fidélité inébranlables du Seigneur. Le mariage, lieu de fidélité entre l’homme et la femme, est un miroir de l’alliance et de la fidélité de Dieu.
  • La cérémonie religieuse n’est pas un élément indispensable à la constitution d’un mariage. Elle ne peut se vivre que par les couples hétérosexuels dont le mariage est validé par les représentants de l’ordre social.  Cette cérémonie est un culte, expression de reconnaissance et de joie, une instruction rappelée au couple qui se marie, mais aussi à tous les autres couples chrétiens ou non chrétiens, un engagement avec des promesses à vivre la vie conjugale et familiale dans l’obéissance à l’Evangile, une demande de bénédiction avec une reconnaissance par Dieu de la vie en couple. Cette cérémonie doit être vécue dans le respect, l'humilité et la foi au Dieu d'amour,  qui est le Père, créateur et ordonnateur, qui est le Fils, sauveur et Seigneur et  qui est le Saint-Esprit, qui convainc et manifeste la présence de Dieu en nous et dans ce monde. e. Prières pour les personnes. Il est important de distinguer entre une demande de bénédiction sur un acte accompli dans la ligne de la volonté de Dieu (comme le mariage hétérosexuel) et une prière pour les personnes chrétiennes et en chemin vers un plus grand accomplissement de la volonté de Dieu. Demander la bénédiction de Dieu sur une cérémonie religieuse de mariage d’homosexuels n’est pas envisageable car cette cérémonie ne correspond pas au plan de Dieu. Mais prier pour les personnes est plus que souhaitable mais pas dans une cérémonie organisée spécialement.  
  •  

8- Comment vivre l’amour pour l’autre et pour soi tout en luttant contre le mal présent dans les vies?

a- De la discipline. Ce mot vient de disciple, celui qui suit l’enseignement d’un maître. Pour le chrétien, celui de Jésus-Christ. La discipline exprime les règles de vie du chrétien et les règles de vie en Eglise.  Sans discipline il n’y a pas de bon fonctionnement de chrétien et d’Eglise. Mais souvent la discipline est vue comme la sanction.  

b- Qu’en est-il des textes bibliques ? Paul est bien conscient que les chrétiens de Corinthe auxquels il s’adresse, sont loin d’être sans péché.15 Paul continue à les appeler frères, parce qu’ils croient en Jésus-Christ, il rend grâce à Dieu pour la grâce que Dieu leur à faîte (1Co.1.2-6) Il est clair que la communauté chrétienne n’est pas une assemblée de parfaits mais un rassemblement en cours de sanctification, en voie de guérison, en chemin, mais pas encore arrivée. Le souci de l’apôtre n’est pas de purifier l’église en arrachant tous les membres corrompus, au risque d’arracher les bons (Mat.13.29), mais de guérir le corps souffrant en guérissant les malades du péché. Ce n’est que dans les cas extrêmes qu’une amputation peut se révéler nécessaire, afin que la gangrène ne s’étende pas au corps tout entier. L’inceste dans notre texte est un de ces cas. Il est encore valable aujourd’hui. Il nous semble que la pédophilie peut y être inclus (relation destructrice avec des enfants) mais pas l’homosexualité (relation entre adultes consentants) pour plusieurs raisons mais reprenons le vocabulaire de Paul : « Une inconduite qui ne se rencontre pas même chez les païens » 1Cor.5.1. La pédophilie est sévèrement punie dans la société, pas l’homosexualité, la pédophilie doit l’être dans l’Eglise sous peine d’un grave contre témoignage.

c- La démarche de Paul  pour lutter contre le mal:

 - Fait l’état des lieux.  

- Montre l’ambigüité. (Moi d’abord et tant pis pour mon frère alors que la Sainte Cène est symbole de pardon, de partage, d’amour et d’unité).  

- Donne du sens. (La sainte Cène, la sexualité, la résurrection, etc.)  

- Place chacun face à ses responsabilités. (Que chacun s’examine soi-même)  

- Avertir. (Nos pensés, nos paroles, nos actes sont tous avec des conséquences. « Celui qui sème le vent récolte la tempête. ») Avertir ce n’est pas menacer, ce n’est pas rejeter l’autre, ce n’est pas ce mettre à la place de Dieu. Avertir ce n’est pas vouloir transformer l’autre mais l’avertir pour lui éviter, peut-être des désagréments ; Avertir ce n’est pas commander, ce n’est pas imposer, mais EXHORTER ; Gal 6.1-2. Face aux questions d’aujourd’hui ces éléments devraient nous aider dans notre témoignage à l’intérieur de l’église ou des églises comme à l’extérieur pour « justifier notre espérance, et être prêt à la défendre avec humilité et respect, en veillant à garder notre conscience pure. »  (1Pi.3.15-16)

d- L’exemple de Jésus accompagnant les disciples d’Emmaüs. (Luc 24.13-35) Il les rejoint, Il les écoute, leur enseigne, partage des éléments de leur vie, vit un moment cultuel et leur intelligence (cognitive et affective) s’illumine,  et leurs vies changent sous l’effet de la grâce du ressuscité.

e- L’amour est préférable à la sanction et au jugement. Gal.6. 1. « Frères, si un homme vient à être surpris en quelque faute, vous qui être spirituels, redressez le avec douceur ». Paul exhorte à la compassion et à l’humilité « Prends garde à toi-même de peur que toi aussi, tu ne sois tenté. Portez les fardeaux les uns les autres » (Gal.6.1-2) Ce comportement est celui que nous devons avoir pour débattre des diverses questions en Eglise et dans la société.  
 
9- Conclusion. Notre intention est de discerner avec lucidité; de poser des règles et donner du sens sans  imposer; d’interpeller  pour que chacun vive ses responsabilité sans agresser; de dénoncer sans condamner; d’exprimer la vérité dans l’amour car : « Dieu nous jugera comme nous jugeons les autres et nous donnera comme nous donnons aux autres. » Mat.7.2.  

Apprenons à aimer notre prochain, homosexuel ou pas. 

Suicide de Saül et naissance de Jésus

Suicide

 

Pourquoi parler de suicide aujourd'hui ?

Pourquoi proposer un épisode aussi sombre en ce dimanche de rentrée ? Pourquoi ne pas choisir une figure plus claire que celle de ce roi neurasthénique en cé début d'année scolaire ? N'allons-nous pas compromettre la beauté de cette rentrée en evoquant la défaite des israélites et le suicide lamentable de Saül à Guilboa ?

 

Pour ne pas s'éloigner du réalisme biblique !

En réalité, ce que nous montre tout l'Ancien Testament ce n'est pas l'histoire d'un peuple brave et docile cheminant doucement de Noé jusqu'à la naissance de Jésus. Il ne s'agit pas d'une belle et tranquille évolution spirituelle que viendrait couronner le rayonnement du Messie et le don du Saint-Esprit. C'est autre chose qu'une belle histoire qu'on raconte aux petits enfants. Dans une vision saisissante, Esaïe évoque le peuple qui marche dans les ténèbres. Voilà notre exacte situation. Il est temps que nous en venions au realisme des Ecritures au lieu d'en rester à des images naïves et à une simple morale.

 

Pour réaliser que la bonne nouvelle s'adresse à ceux qui reconnaissent leurs ténèbres !

Car c'est le peuple dans les ténèbres qui a vu une grande lumière. Réjouissons-nous avec le peuple ! La clarté de Noël et de Pâques est pour le peuple qui avance douloureusement dans la nuit, pour ceux qui marchent sans espoir dans la vallée de l'ombre de la mort. Jésus n'est pas venu pour les bien portants mais pour les malades. Ainsi l'Evangile est bien pour nous, tels que nous sommes effectivement et non pour ceux qui sont en bons termes avec Dieu, en règle avec leurs consciences et qui ne tremblent plus devant la mort.

 

La vie étrange de Saül et ses péchés « microscopiques »

Notre récit nous relate l'effondrement du roi Saül. C'est une des figures les plus difficiles à déchiffrer de la Bible. Tout se passe mystérieusement dans sa vie. Il cherche les ânesses perdues et le voilà qui devient roi par surprise. Sur l'ordre de Dieu il est oint par Samuel alors que ce dernier est un adversaire déclaré de la monarchie. Et puis c'est le même Samuel qui annonce la malédiction de Dieu contre le roi Saül. A propos de quoi ? Au sujet de péchés qui nous paraissent peu graves qu'on a même qualifiés de « microscopiques ». En effet Saül offre d'abord un sacrifice à la place de Samuel qui arrive en retard. Ensuite il épargne le roi Agag et la meilleure partie de ses troupeaux. Que sont ces péchés comparés à ceux de David qui fait tuer un de ses dévoués capitaine dont il convoite la femme, ou comparés à Salomon qui épouse des princesses idolatres qui l'entraînent loin de Dieu ? Or David et Salomon seront absous. Saül, lui, demeure sous la malédiction bien qu'il ait essayé de revenir à l'Eternel. Quoiqu'il fasse, Saül tombe toujours davantage. Il persécute David, massacre les prêtres … Notre récit le montre au terme de sa déchéance.

 

Et enfin le suicide … Que devons-nous en penser ? Les suicidés sont-ils perdus ?!

A la vue des ennemis Saül, qui n'est pourtant pas un lâche, est rempli d'épouvante. Il se tourne vers Dieu mais Dieu ne répond pas. Désespéré, Saül retournera à ce qu'il a interdit. Il ira consulter une nécromancienne pour entendre l'esprit de Samuel lui redire que l'Eternel s'était retiré de lui et qu'il était devenu son ennemi !! Tout ce qui suit se déroule sous le signe de cette implacable hostilité de Dieu. La défaite des hébreux et finalement le suicide de Saül. Puis les Philistins mutilent son corps et le place sur les murailles de Beth San.

 

Le suicide quand plus rien ne va, quand le monde s'écroule ...

Cette fin lamentable de Saül nous remplit d'effroi. Nous préférons souvent ne pas nous attarder auprès de passages aussi lugubres. Un monde trouble, infernal et menaçant s'ouvre devant nous. Or ce monde effrayant est tout près de nous ! Il y a des heures de notre vie où nous ressentons sa redoutable proximité. Et puis nous fuyons souvent dans nos sécurités illusoires et nous n'y pensons plus. L'histoire de l'humanité peut se dérouler « normalement » pendant des années et soudain un abîme de folie, d'angoisse, de cruauté s'ouvre et engloutit les peuples ? Ne sommes-nous pas dans une telle époque ?

 

Le suicide si près de nous parfois … et si divers … Les suicides !

Le suicide de Saül nous émeut particulièrement. Je me demande si beaucoup d'entre nous n'ont pas été frolés et même tenaillés par la hantise de mettre fin à leurs jours ! Qui sait si dans notre famille ou parmi nos amis intimes nous n'avons pas connu la chose ? Nous savons en tout cas que nous vivons à une époque où les suicides sont légions, comme en 1945 … Mais à toutes les époques des suicides se sont perpétrés pour les motifs les plus divers : maladie, lassitude de vivre, existence intenable, échec dans les affaires, déceptions d'amour, mélancolie romantique … Lorsqu'on parle de ce genre de mort (ou de meurtre) il faut en outre rappeler qu'à côté des actes violents et subits, il y a les suicides lents. On peut aussi attenter à ses jours en refusant tout soin, toute nourriture ou en prenant des produits toxiques ou en ayant des comportements à risque.

 

Qu'en dit la Bible ?

Quelle attitude à adopter ? Beaucoup condamnent tout suicide comme contraire à la volonté de Dieu. Pendant longtemps l'Eglise catholique a même refusé la sépulture chrétienne aux suicidés. Or s'il n'est pas difficile de prouver que le suicide est crime (et donc une atteinte au quatrième commandement de Dieu), condamnerons-nous les dépressifs et tous les malades qui se sont donnés la mort mais qui n'avaient plus toute leur lucidité ? Condamnerons-nous les prisonniers poussés à bout dans des cellules misérables ou les maquisards qui se sont ouverts les veines pour ne pas révéler, sous la torture, les noms et les refuges de leurs frères d'armes ?

 

Une des expressions les plus flagrantes du péché

Que devons-nous en penser ? Lorsque nous ouvrons notre Bible, nous voyons qu'elle n'en parle pas beaucoup. Les deux suicides qui sont évoqués (Saül et Judas) sont connus et impressionnants. Mais que remarquons-nous ? Ces suicides ont été accomplis « à l'ombre de Satan ». Il est parlé d'un mauvais esprit que Dieu envoie à Saül et de Satan qui entre dans le cœur de Judas. Dieu répouvre clairement le fait de se donner la mort. C'est Lui qui régit nos vies. Se faire justice c'est se mettre à la place de Dieu et c'est gravir le dernier échelon de l'orgueil. C'est faire l'oeuvre du diable (que ronge la perpétuelle ambition de supplanter Dieu). Le suicide est donc une des expressions les plus flagrantes du péché. Il montre le néant dans lequel tombe l'homme coupable. Et il est clair que cette route nous est barrée par l'amour de Dieu. Il ne veut pas que nous prenions sa place pour notre perdition. Il veut nous donner les moyens de résister à cette tentation suprême. Il ne permettra pas que nous soyons tentés au dela de nos forces (1 Co 10,13).

 

Mais cet aboutissement terrible n'est pas le péché principal de l'homme !

En scrutant les textes nous constatons que ni chez Saül ni chez Judas le suicide ne constitue leur principal péché. Il est plutôt représenté comme la conséquence d'une transgression antérieure. « Ainsi mourut Saül à cause de la faute qu'il avait commise contre l'Eternel et aussi parce qu'il avait interrogé et consulté ceux qui évoquent les morts » (1 Ch 10,13). Et lorsque Pierre mentionne le crime de Judas, il lui reproche sa trahison sans même évoquer son suicide. Le péché central est de ne pas observer la parole de Dieu (et de ne pas se repentir). Ce n'est pas le suicide. Ce que Saül et Judas ont fait vient du péché dans lequel nous trempons tous. Ce n'est pas que le dernier mètre de notre route qui compte mais c'est toute la route. Ce n'est pas juste le dernier barreau de l'échelle (le suicide) qui nous est interdit mais c'est toute l'échelle de l'orgueil qui mène à la mort. Il ne suffit donc pas de combattre le suicide mais il faut plutôt, comme le font les auteurs bibliques, s'attaquer à la racine du mal. S'y attaquer et constater que nous sommes tous atteints, même ceux que la pensée du suicide n'a jamais atteint ni même effleurés. Qui de nous observe fidèlement la Parole de Dieu ? Qui de nous n'a jamais trahi le Seigneur pour de l'argent ?

 

Juger ces suicidés c'est se mettre nous aussi à la place de Dieu ! Or le sang de beaucoup de suicidés est sur d'autres mains que les leurs !

D'ailleurs il ne nous appartient pas de formuler un jugement sur leur compte. Les juger c'est se mettre à la place de Dieu. En effet, dire que tous les suicidés sont perdus, c'est faire comme ceux qui se suicident et se mettre à la place de Dieu ! Lui seul voit jusqu'au fond des cœurs et connaît les vrais mobiles de tous les actes, ceux qui semblent mauvais comme ceux qui semblent bons ! Au jugement dernier il y aura d'ailleurs sûrement de suprenants réglements de compte et le sang de beaucoup de suicidés apparaîtra sur d'autres mains que les leurs !

 

Saül a eu des funérailles « normales »

Notre texte nous montre en tout cas que personne ne s'est arrogé le droit de juger le roi Saül pour sa fin lamentable. Les habitants de Jabès, se souvenant de ce que Saül avait fait pour leur ville, sont allés détachés son corps de la muraille où il était placé, au péril de leurs vies ! David, qui n'a cessé de respecter le roi choisi par Dieu, compose une plainte funèbres et exhorte les filles d'Israël à pleurer sur Saül (2 Sa 1,23-24). Il est frappant de voir qu'on ne lui refuse pas la sépulture.

 

Dieu fait le chemin inverse. Alors que nous essayons d'escalader les remparts de la cité divine, il abaisse le pont levis et meurt à notre place !

Cette compassion, celle des habitants de Jabès et celle de David, n'est-elle pas celle de Dieu vis à vis de nous ?! C'est parce que Dieu nous aime qu'il nous barre la route et qu'il prend des initiatives incroyables. Puisque notre péché consiste à vouloir être comme Dieu et à disposer nous mêmes de notre vie et de notre mort, ill faut que Dieu descende et prenne la place de l'homme rebelle et malheureux. Dieu envoie son fils pour faire le chemin inverse de celui d'Adam et de toute l'humanité. Tandis que les hommes essayent d'escalader les remparts de la cité de Dieu, il abaisse le pont levis et descend, désarmé, parmi les hommes. Le suicide est le dernier mot du desespoir humain. La naissance de Jésus est le premier mot d'espoir éternel que Dieu prononce dans notre langage. Et nous tous qui formons ce peuple qui marche dans les ténèbres puis qui plonge dans les abîmes de la mort, nous nous trouvons en présence d'une formidable clarté. En donnant Jésus, Dieu a rompu la malédiction. Il est venu en personne pardonner nos péchés et sauver nos vies mortelles. Dieu est désormais avec nous et il fait toutes choses nouvelles. Maintenant que la clarté de Dieu nous éclaire, nous ne pouvons plus retourner dans la nuit !


 

Trouver la paix et le réconfort en Dieu ?

 

2 Corinthiens 1, 1-11
Prédication du 18 septembre 2016

Cigs

Un peu d'imagination ...

Je vais vous demander un peu d'imagination. Imaginez que votre Eglise reçoive une lettre de la part de celui qui a été son pasteur 10 ans auparavant. En recevant cette lettre toute l'Eglise est émue puisqu'elle sait que ce pasteur a beaucoup souffert depuis. Imaginons qu'il s'agit de l'Eglise de Toulouse et que 10 ans après son départ, le pasteur Gonzalez envoie cette lettre. Que sera devenu cette Eglise ? Que sera devenu le pasteur Gonzalez ? Que veut-il transmettre après toutes ces années ? Imaginons et lisons ...

 

« De la part de Pascal, qui par la volonté de Dieu est pasteur, au service de Jésus Christ, et de la part de Pierre (Mitchell), notre frère. A l'Eglise de Dieu qui est à Toulouse et à tous ceux qui appartiennent au peuple de Dieu dans la Haute Garonne entière : que Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ vous accordent la grâce et la paix. Louons Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père riche en bonté, le Dieu qui accorde le réconfort en toute occasion ! Il nous réconforte dans toutes nos détresses, afin que nous puissions réconforter ceux qui passent par toutes sortes de détresses en leur apportant le réconfort que nous avons nous-mêmes reçu de lui. De même en effet que nous avons abondamment part aux souffrances du Christ, de même nous recevons aussi un grand réconfort par le Christ. Si nous sommes en difficulté, c'est pour que vous obteniez le réconfort et le salut ; si nous sommes réconfortés, c'est pour que vous receviez le réconfort qui vous fera supporter avec patience les mêmes souffrances que nous subissons. Ainsi, nous avons un ferme espoir à votre sujet ; car, nous le savons, comme vous avez part à nos souffrances, vous avez aussi part au réconfort qui nous est accordé. Nous voulons en effet que vous sachiez, frères, par quelles détresses nous sommes passés dernièrement : le poids en a été si lourd pour nous, si insupportable, que nous désespérions de conserver la vie. Nous avions l'impression que la peine de mort avait été décidée contre nous. Cependant, il en fut ainsi pour que nous apprenions à ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais uniquement en Dieu qui ramène les morts à la vie. C'est lui qui nous a délivrés d'une telle mort et qui nous en délivrera encore ; oui, nous avons cette espérance en lui qu'il nous délivrera encore, et vous y contribuerez vous-mêmes en priant pour nous. Ainsi, Dieu répondra aux prières faites par beaucoup en notre faveur, il nous accordera ce bienfait et beaucoup le remercieront à notre sujet ».

 

La grâce et la paix … vous soient accordés !

Dans cette lettre inspirée de celle que Paul et Timothée ont écrit aux chrétiens de Corinthe il y a quelques secrets spirituels dont notre monde a besoin. Il y est d'abord question de grâce et de paix. En effet, après s'être présenté (comme le pasteur Gonzalez l'a fait dans sa lettre fictive), Paul, qui a rappelé qu'il était apôtre selon la volonté de Dieu, prononce cette parole de bénédiction sur l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe et sur tous ceux qui appartiennent au peuple de Dieu, dans toute la région : que Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ vous accordent la grâce et la paix. En prononçant cette « salutation » (que l'on peut retrouver dans plusieurs de ses lettres) Paul rappelle ce qui est important à ses yeux : la grâce (karis en grec) et la paix (shalom en hébreu). Voilà ce que Paul souhaite aux chrétiens de Corinthe et des environs. Voilà ce que nous souhaitons aux chrétiens de Toulouse et de France : que Dieu nous accorde la grâce et la paix. Et s'il nous fallait choisir entre les deux, peut-être choisirions nous la paix, tellement nous nous sentons proche de la guerre. Mais quelle paix pouvons-nous espérer et quelle est donc cette paix que Dieu nous accorde ?

 

Mardi dernier nous avons accueilli, dans notre Eglise, une rencontre interreligieuse où il s'agissait de se présenter, en tant que protestants, aux autres religions (dans le cadre de la semaine de la fraternité). Nous avons donc répondu à de nombreuses questions et puis nous avons aussi forcément parlé de terrorisme et de paix. Nous espérons que la paix reviendra. Nous espérons que ces initiatives de rencontres porteront du fruit dans les cœurs. Nous avons pourtant été quelques uns à affirmer que la paix ce n'était pas non plus la recherche absolue de l'absence de conflit. Parfois on ne se parle plus et on ne veut plus entendre les autres … pour avoir la paix et en espérant que ce silence (et cette absence de relation) produira la paix ! Dans notre société beaucoup voudraient d'ailleurs que les religions se taisent et qu'on ne parle plus de Dieu dans l'espace public (pour qu'il n'y ait plus d'affrontement). Beaucoup voudraient qu'on ait la paix ! Beaucoup voudraient que les religions se taisent et les laissent tranquilles. Mais est-ce cela la paix ? Nous croyons au contraire que la paix viendra de la discussion courageuse. La paix viendra même de la « dispute » théologique qui existait à l'époque du moyen âge. C'est parce que nous oserons parler franchement et courageusement de nos différences que nous trouverons petit à petit la paix. C'est aussi, et c'est de cette paix dont veut parler l'apôtre Paul, lorsque nous comprendrons la grâce de Dieu que nous recevrons la paix. Nous ne méritons rien et pourtant Dieu nous offre le pardon et l'amour. Lorsque nous comprenons cela et que nous l'acceptons, nous trouvons la paix, même au milieu des épreuves et de la guerre. Si nous rencontrons des frères en humanité c'est aussi pour leur parler de cette grâce et de cette paix. Nous ne nous rencontrons pas seulement pour nous gargariser et en espérant que nos rencontres toucheront les cœurs. Nous nous rencontrons aussi pour nous parler franchement et pour nous convaincre les uns les autres, avec respect et amour. Nous nous rencontrons pour parler de la grâce et de la paix tout en sachant que nous ne pouvons que témoigner. Le reste, c'est Dieu qui l'accomplit dans les cœurs. C'est lui qui accorde la grâce et la paix !

 

Si nous ne sommes pas encore sûrs d'avoir bien compris cette salutation, ne nous inquiétons pas trop. Paul donne quelques élements dans les phrases qui suivent ...

 

Le réconfort et le salut … en acceptant de passer par la souffrance !

Paul va tout d'abord louer Dieu pour le réconfort qu'il apporte en toute occasion. Après avoir prié Dieu de donner sa grâce et sa paix aux chrétiens de Corinthe, il veut remercier Dieu qui offre son réconfort en toutes occasions. Nous voulons, nous aussi, en septembre 2016, louer Dieu pour le réconfort qu'il apporte en toute occasion. Nous voulons commencer nos lettres et nos journées en louant Dieu pour le réconfort qu'il apporte. L'apôtre Paul explique en effet qu'il a connu des épreuves terribles et notamment une situation où il a cru que la fin était arrivée. Il désespérait de la vie et il pensait que la peine de mort avait été décidé contre lui. Ce n'est certainement pas que Paul avait peur de mourir, mais c'est sûrement qu'il ne comprenait pas que Dieu interrompe sa mission si vite … Or Paul a compris que cette épreuve (comme toutes les autres) lui ont donné la capacité d'expérimenter le réconfort de Dieu. Cette épreuve (comme toutes les autres) l'a rendu capable de réconforter ceux qui passaient, eux aussi, par des épreuves « insupportables ». Cette épreuve (comme toutes les autres) lui ont permis de placer sa confiance en Dieu au lieu de la placer en lui-même et en ses propres forces.

 

C'est cette expérience et ce réconfort reçu de Dieu (dans l'épreuve extrème) qui a donné à Paul beaucoup d'espoir au sujet de ses frères : « Ainsi nous avons un ferme espoir à votre sujet » ! Je crois que nous pouvons dire la même chose que Paul. Pour la plupart d'entre nous, nous avons déjà connu de grandes épreuves et nous avons connu le réconfort de Dieu. Nous sommes donc plein d'espoir au sujet de nos frères et sœurs, au sujet de l'Eglise. Vous allez souffrir comme nous et comme nous vous connaîtrez le réconfort de Dieu ! Nous ne sommes pas découragés par les épreuves. Nous ne sommes pas pessimistes. Nous avons confiance en Dieu et nous savons que, grâce à lui, vous tiendrez bons et vous connaîtrez le réconfort.

 

Est-ce automatique ? Peut-on passer à côté du réconfort de Dieu ? Toutes les épreuves nous amènent-elles vers le réconfort de Dieu et vers la croissance spirituelle ?

 

Nous sommes forcés de répondre que Paul parle essentiellement, dans cette lettre, de ces épreuves qu'il a rencontré, à cause de Christ. Dans le chapitre 11 de la même lettre, Paul détaille toutes ces épreuves, liées à sa mission :

 

« J'ai été en prison bien plus fréquemment, frappé beaucoup plus et en danger de mort plus souvent. Cinq fois j'ai reçu des Juifs la série de trente-neuf coups, trois fois j'ai été battu à coups de fouet par les Romains et une fois on m'a blessé en me jetant des pierres ; trois fois j'ai fait naufrage et une fois je suis resté un jour et une nuit dans les flots. Dans mes nombreux voyages j'ai connu les dangers dus aux rivières qui débordent ou aux brigands, les dangers dus à mes compatriotes juifs ou à des non-Juifs, j'ai été en danger dans les villes ou dans les lieux déserts, en danger sur la mer et en danger parmi de faux frères. J'ai connu des travaux pénibles et de dures épreuves ; souvent j'ai été privé de sommeil ; j'ai eu faim et soif ; souvent j'ai été obligé de jeûner ; j'ai souffert du froid et du manque de vêtements. Et sans parler du reste, il y a ma préoccupation quotidienne : le souci que j'ai de toutes les Églises. Si quelqu'un est faible, je me sens faible aussi ; si quelqu'un est détourné de la foi, j'en éprouve une vive douleur. S'il faut que je me vante, je me vanterai de ma faiblesse »

Paul ne parle donc pas de ces épreuves que nous rencontrons lorsque nous désobéissons à Dieu. Même dans ce cas nous pourrons connaître la grâce de Dieu et sentir son réconfort. Mais nous serons aussi appelés à nous repentir de nos fautes. Paul parle ici premièrement de tous ces moments où nous accepterons de vivre la souffrance, à cause de Christ. Alors que nous essayons bien souvent d'éviter la souffrance, Dieu nous demande d'accepter de souffrir pour lui comme Jésus a souffert à la croix. La souffrance ne nous fait pas entrer au paradis. C'est la confiance que nous avons en Dieu (au milieu des joies et des souffrances) qui sauve. Mais la souffrance subie à cause de notre foi nous fera connaître le réconfort de Dieu. Elle nous permettra aussi d'être un vrai réconfort pour les autres. Elle nous fera grandir dans la foi.

 

Avez-vous un ferme espoir concernant Dieu et vos frères et sœurs ? Les gens qui vous voient vivre, voient-ils un jeune, un adulte ou une personne âgée animés d'un ferme espoir ? Mardi soir nous avons aussi parlé de ces jeunes et de ces moins jeunes qui sont embrigadés dans des mouvements sectaires et violents. Ils sont désespérés et n'ont peut-être pas croisé de chrétiens remplis d'espoir. Ils n'ont peut-être pas vu, dans le regard des autres, un ferme espoir les concernant … Sommes-nous animés de ce ferme espoir ? Le partageons-nous autour de nous ? Donnons-nous envie de venir à Dieu, de venir à l'Eglise … ?

 

Si nous pensons que ce n'est pas le cas, nous devons demander à Dieu de nous renouveler. De nous montrer combien il nous a réconfortés et combien il est capable de réconforter ceux qui nous entourent. Nous devons peut-être nous repentir de notre tiédeur et reconnaître notre faiblesse. Sans Dieu nous ne sommes rien. Peut-être avons-nous essayé d'être de bons chrétiens en comptant sur nos propres forces … et Dieu est en train de nous montrer que c'est en lui qu'il faut croire. Il nous montre aussi que si nous devons nous vanter de quelque chose, c'est de nos faiblesses qu'il faut nous vanter !

 

Se vanter de nos faiblesses … et de la puissance de Dieu !

Croire en Dieu au lieu de croire en nous-mêmes

 

Voilà en effet ce que fait l'apôtre Paul dans toute cette lettre aux corinthiens. Lui qui pourrait se vanter de ses grandes réalisations, il préfère se vanter de ses faiblesses. Plus loin il écrit : « c'est quand je suis faible que je suis fort » ! Voilà le dernièr secret que nous transmet l'apôtre. C'est en reconnaissant nos faiblesses que nous devenons forts. C'est en acceptant nos limites que nous sommes forts. C'est en reconnaissant que c'est Dieu qui nous rend capables d'accomplir des exploits que nous sommes forts. Osons donc parler de nos faiblesses entre nous. N'essayons pas, sans cesse, de les cacher, parce que nous avons peur que le regard des autres changent sur nous. Faisons comme Paul. Nous n'avons pas besoin d'entrer dans le détail de nos souffrances avec tout le monde mais nous pouvons reconnaître humblement ces faiblesses et accepter les chemins par lesquels Dieu nous fait parfois passer. D'autre part, il ne s'agit pas de trouver des excuses à nos lachetés et à notre paresse. Il ne s'agit pas non plus de dire que Dieu se réjouit de nos fautes et de nos erreurs. Il ne s'agit pas non plus de penser que nous ne pourrons jamais rien faire de grand. C'est tout le contraire. Dieu veut faire de grandes choses avec tous ceux qui reconnaissent leur faiblesse et et qui croient. Ceux là trouveront la paix, le réconfort et la grâce, autrement dit le salut … et ils accepteront de souffrir pour ce grand Dieu plein d'amour … et ils sauront consoler et réconforter tous ceux qui souffrent autour d'eux. Que Dieu vous accorde sa grâce et sa paix. J'ai un ferme espoir vous concernant !


 

La tactique de Dieu!

OU, comment Dieu nous délivre en nous faisant passer par des chemins étranges
Prédication du 12 juin 2016 - ERE de Toulouse - Pasteur Pascal Gonzalez.

    « En ce temps-là naquit Moïse ; il était beau aux yeux de Dieu et il fut élevé pendant trois mois dans la maison de son père. Quand il fut exposé, la fille du Pharaon le recueillit et le fit élever comme son fils. Moïse fut instruit dans toute la science des égyptiens. Il était puissant en paroles et en oeuvres ». Ac 7,20-22

 

« C'est par la foi que Moïse, à sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents, parce qu'ils voyaient que c'était un bel enfant, et ils ne se laissèrent pas effrayer par l'édit du roi ». Hb 11,23

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la tactique du diable. C'est le titre d'un très bon livre de C.S. Lewis qui raconte comment le diable se déguise en ange de lumière. Un livre qui nous montre que le diable se cache et nous tend des pièges. Ce matin nous voulons plutôt nous attarder sur la tactique de Dieu. Je dois d'ailleurs dire que j'ai vu Dieu agir cette semaine et qu'il m'a semblé reconnaître sa tactique lorsque Giovanni (un des jeunes footballeurs américains qui est avec nous ce matin) a donné son témoignage devant les jeunes du stage de foot hier. Nous allons parler de Moïse et nous allons voir, que dans son histoire, se révèle une partie de la tactitque de Dieu. Nous reviendrons à Giovanni plus tard !

Moïse
C'est un épisode troublé et troublant de l'histoire d'Israël. Alors que Joseph était devenu quasiment le premier ministre de l'Egypte et que les relations entre les égyptiens et les hébreux semblaient être au beau fixe, tout devient difficile en quelques années. Le nouveau pharaon voit d'un mauvais œil ce peuple d'Israël devenir nombreux. Ces étrangers deviennent une menace pour lui et son peuple ! Ils ont plus d'enfants que les égyptiens et pourraient un jour se retourner contre eux. D'autant qu'ils ont des coutumes et des croyances différentes …

Comment ne pas penser aux réactions que nous avons parfois devant ces étrangers qui semblent nous menacer et qui sont différents de nous ? Ils sont venus avec notre bénédiction puis ils finissent par nous faire peur ? Ils deviennent aussi rapidement les boucs émissaires de nos sociétés. Peut-être que l'Egypte était dans une période de crise et qu'il fallait bien trouver un reponsable ...

Le pharaon décide alors de les faire travailler au point de les épuiser. Il se dit qu'il les tiendra ainsi sous son autorité. Mais rien n'y fait ! Les hébreux continuent de se multiplier et le pharaon va passer à autre chose. Il va faire assassiner les bébés hébreux. Tous les garçons hébreux qui naîtront devront être mis à mort. Vous connaissez peut-être la suite de l'histoire. Vous l'avez vu en film, ou lu dans des livres (pour enfants ou pour adultes). Le petit Moïse va être sauvé des eaux.

Etre beaux aux yeux de Dieu !
Lorsque ses parents le voient pour la première fois, ils le trouvent beau ! Vous avez d'ailleurs peut-être entendu que la traduction anglaise parlait d'un enfant qui n'était pas « ordinaire ». Nos bibles françaises parlent de la « beauté » de Moïse. Heureusement que nous avons aussi lu ce matin, ce texte, dans l'épître aux hébreux, où il est dit, que c'est parce que Moïse était beau aux yeux de Dieu, qu'il a été sauvé et qu'il est devenu lui-même un sauveur. Vous comprenez bien qu'il ne s'agit pas de dire que ce sont ceux qui sont beaux physiquement qui sont aimés de Dieu et sauvés. Sinon nous serions quelques uns à devoir nous faire du souci ! Les parents de Moïse le trouvent beau ? Nous aurions envie de dire que c'est ce que tout le monde pense en voyant son enfant. Je ne connais pas beaucoup de papas qui disent, en voyant leur fils pour la première fois « Il est pas terrible, mais je l'aime quand même » ! Moïse était beau aux yeux de Dieu et ses parents ont senti qu'ils ne devaient pas obéir aux ordres du pharaon mais tout faire pour sauver cet enfant. Ils l'ont caché pendant quelques temps et puis il a fallu trouver une solution. Il fallait un miracle !

Dans la maison de l'ennemi !
Or le miracle ne sera pas aussi impressionnant que lorsque la mer s'ouvre devant le peuple d'Israël (et se referme sur Pharaon et son armée). Le miracle c'est que l'enfant, abandonné dans une corbeille, sur le bord du Nil (et surveillé par sa sœur) va être adopté par la fille de Pharaon. Est-ce que nous comprenons ce que cela veut dire ?! C'est Pharaon, celui qui s'inquiétait de la force des hébreux, qui va élever, dans sa propre maison, celui qui va devenir le libérateur des hébreux ! Voilà la tactique de Dieu ! Il sauve un enfant et le place dans le foyer de l'opresseur. Un enfant qui va grandir avec une double culture. Un enfant qui connaîtra parfaitement le monde égyptien et sa sagesse. Un enfant qui ne cesse d'être préparé par son Dieu pour la mission qui lui a été réservée.

La formation n'est pas terminée
Mais lorsque Moïse devient grand il ne comprend pas que sa formation n'est pas terminé. Il voit un soldat égyptien frapper un esclave hébreu et il intervient violemment. Moïse a sûrement pensé qu'il tenait là, l'occasion d'user de son pouvoir. Dieu l'avait placé là pour faire justice et tuer cet égyptien. Et Moïse devra fuir. Sa formation n'est pas terminée. Il faut maintenant vivre au désert et connaître la rudesse de ces lieux. Il faut connaître l'amour et rencontrer Dieu. C'est en effet au désert que Dieu va se révéler à Moïse, dans ce célèbre épisode du buisson ardent.

Où en sommes-nous aujourd'hui ? Et reconnaissons-nous la tactique de Dieu dans ce qui nous arrive ? Sommes-nous au milieu des tueries alors que les soldats égyptiens viennent assassiner nos enfants ? Comment imaginer que Dieu est en train d'agir au milieu de ces drames ? Sommes dans la maison de Pharaon, troublés de ne pas avoir une vie comme les autres, avec une double culture ? Sommes-nous au désert (en train de regretter peut-être les repas de l'Egypte) ? Ou bien sommes-nous devant le buisson ardent ? Dieu est en train de parler à notre cœur et il veut nous envoyer en mission. Qu'allons-nous dire ?

Comprendre les plans de Dieu … et les accepter !
Il est parfois difficile de comprendre la tactique de Dieu. Il est difficile de réaliser que Dieu est en train d'accomplir ses plans alors que nous rencontrons des épreuves ! Mais ce n'est pas plus facile lorsque Dieu se révèle à nous et nous livre ses plans … En effet, lorsque cela arrive, nous avons souvent du mal à nous plier à sa volonté ! Les textes bibliques qui sont les plus difficiles ne sont pas toujours ce que nous ne comprenons pas bien. Ce sont parfois les textes que nous comprenons bien mais auxquels nous ne voulons pas obéir ! Lorsque Dieu dit à Moïse qu'il va être le libérateur et qu'il va retourner vers le pharaon, le moins qu'on puisse dire, c'est que Moïse n'est pas convaincu ! Il ne veut pas de cette mission ! Il ne se sent pas capable ! Il a oublié qu'il a été préparé par Dieu pendant toutes ses années ! Dieu va insister. Il va rassurer Moïse et finalement le convaincre. Et nous ?

Saurons-nous attendre ?
Ce que Dieu fait est parfois étrange. Il place donc le libérateur d'Israël dans le foyer de Pharaon. Est-ce vraiment la méthode que nous aurions choisi si nous avions été à la place de Dieu ? Aurions-nous imaginé un plan si « tordu » ? Evidemment nous ne pouvons pas nous mettre à la place de Dieu. C'est pourtant ce que nous faisons régulièrement lorsque nous reprochons à Dieu ses méthodes. Dieu choisit de sauver Moïse par l'intermédiaire de la fille du Pharaon. Et il donne à Moïse la sagesse et la science des égyptiens. Que pensons-nous aujourd'hui de nos ennemis ? Sommes-nous prêts à grandir dans la science et la sagesse de nos ennemis ? Sommes-nous prêts à patienter, comme Moïse, en attendant le temps de Dieu ? Accepterons-nous de comprendre ceux qui nous persécutent au lieu de les considérer comme des monstres ? Voilà certainement la première leçon que nous recevons en découvrant la tactique de Dieu. Notre bon Père nous demande parfois d'être patient et d'accepter de vivre dans la maison de l'ennemi. Pendant ce temps particulier il nous protège et il nous forme. Ce que nous apprendrons pendant cette période particulière de notre vie ne sera pas perdu.

Saurons-nous voir ?
Ce que Dieu fait est aussi très souvent invisible ou, au minimum, très discret. Lorsque Moïse grandit dans la maison de Pharaon, les hébreux ne se doutent pas que Dieu a déjà gagné la bataille et que la dynamite est déjà logée dans la forteresse de Pharaon. Lorsque Jésus nait sur terre, les humains ne se doutaient pas que Dieu avait déjà gagné la bataille et que la dynamite était déjç logée dans la forteresse de Satan. Lorsque Jésus meurt sur la croix, les disciples (et leurs contemporains) ont di mal à comprendre la tactique de Dieu ! Encore aujourd'hui certains ont du mal à comprendre la tactique de Dieu qui choisit de se révéler par ses enfants, faibles et fragiles. Et nous sommes un peu dans la même situation que Moïse. Préparés par Dieu puis envoyés par Lui, nous ne sommes pas l'Eglise triomphante que certains voudraient. Nous sommes encore ce peuple confiant malgré les difficultés, confiants malgré les chemins étranges et douloureux par lesquels Dieu nous fait passer. Comme la délivrance du peuple d'Israël a mis du temps à venir, malgré l'entrée de Moïse à la cour royale, la victoire définitive sur le mal met, elle aussi, du temps à venir. Jésus est ressuscité et il est assis à la droite du Père mais Satan continue d'agir (et de rugir). Nous sommes confiants parce que nous avons compris que Dieu a une tactique surprenante mais efficace et parce que nous avons compris qu'il nous mène à la victoire finale. Il sait ce qu'il fait.

Giovanni
Voilà la tactique de Dieu. Hier Giovanni (le jeune footballeur de l'AIA**) expliquait aux stagiaires qu'il aimait le foot. Il expliquait aussi qu'il lui était arrivé quelque chose de terrible qui arrive parfois aux footballeurs. Giovanni s'est blessé gravement au genou. Et comme ce n'est pas la première fois, Giovanni n'est pas sûr de pouvoir vraiment rejouer un jour. Pourtant Giovanni a expliqué qu'il faisait confiance à Dieu. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait mais il était maintenant en paix et il savait que ce que Dieu déciderait serait le meilleur pour lui. Nous espérons que vous êtes, vous aussi, remplis de confiance et de paix. La tactique de Dieu va continuer de nous surprendre mais ne soyons pas inquiets. Dieu sait ce qu'il fait et il est bon pour ses enfants. C'est la honte de la croix que Dieu a choisi pour nous sauver. Ce sont nos faiblesses et nos douleurs qu'il choisit parfois pour manifester sa gloire mais toutes choses finiront par concourir au bien de ceux qui aiment Dieu ! C'est la tactique de Dieu !

__________

* Cette prédication a été traduite en anglais pendant le culte. Elle est inspirée d'une prédication donnée en 1946 par le pasteur Charles Brutsch.

**AIA c'est l'équivalent de l'association « Sport et Foi » aux USA. Deux équipes de foot sont venus pendant 10 jours pour jouer des matchs contre des équipes françaises et témoigner de leur foi. Dimanche 12 juin l'équipe masculine était présente au culte. Samedi 11 juin, elle a animé un stage de foot sur le terrain de la Grande Plaine (et Giovanni a donné son témoignage).

Le temps est compté ou la parabole de Sophie la girafe

  • Par eret
  • Le 24/03/2016

Le temps est compté ou la parabole de Sophie la girafe

Le thème de notre week-end jeunesse était le suivant : la course contre la montre (ou, « Le temps est compté » !). Et la vidéo que nous venons de voir nous a montré un jeune homme qui a remis à plus tard quelque chose d'essentiel. Il a repoussé ce moment où il devait parler de Jésus à son père … et son père est mort avant qu'il ne puisse lui en parler. C'est terrible ! Mais ce n'est pas ce qui me surprend le plus dans cette vidéo. Il y a autre chose d'incroyable dans cette vidéo. Vous l'avez sûrement noté ! Cet homme dort avec Sophie la girafe. Voilà un célibataire d'une trentaine d'années qui dort avec ce jouet pour enfant ! Dans la vidéo d'ailleurs, il s'allonge dessus le jouet (qui produit ce son caractéristique que nous connaissons tous) et se réveille.

Nous voulons donc vous parler ce matin de Sophie la girafe et de ce sentiment que nous avons parfois d'être dans l'urgence. Dans la première partie du culte, Léa nous a parlé de cette décision que nous devons prendre quant à la priorité de nos actions. Si cet homme avait vraiment décidé que le plus important, dans sa journée, était d'aller voir son père pour lui parler de Jésus, il n'aurait pas accepté de déplacer ce rendez-vous, pour aller finalement jouer au golf avec son ami … Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ? Pourquoi remettons-nous souvent à plus tard des choses importantes, pour finalement même ne pas les faire du tout ?

C'est aujourd'hui le jour du salut !

Revenons maintenant au texte que nous venons de lire (2 Co 5,11-6,2) et dans lequel l'apôtre Paul parle lui aussi d'une urgence. Paul le dit clairement : « C'est aujourd'hui le jour du salut » ! Ce n'est pas demain ni après demain ! Aujourd'hui ! Paul utilise aussi, dans le même passage, les mots « persuader » et « supplier » et nous comprenons que le temps nous est compté. Il y a une urgence.

Nous constatons pourtant que bien souvent nous ne cherchons pas à persuader et nous ne supplions pas vraiment ceux qui nous entourent (de se réconcilier avec Dieu). Hier, avec les jeunes, nous avons même parlé de cette difficulté que nous avons de simplement parler de Dieu aux autres. Avant même de penser à persuader ou à supplier, il faudrait que nous osions parler de Dieu … et trop souvent nous n'osons pas ! Nous avons peur qu'on se moque de nous. Nous avons peur que le regard des autres change et que nos relations changent. Nous avons peur de faire quelque chose d'interdit parce que nous comprenons que dans notre société, il y aussi des règles qui font que certains adultes n'ont pas le droit de parler de Dieu sur leur lieu de travail … Alors comment faire ?

Et qu'est-ce que cela veut dire d'affirmer que le temps est compté ?

Avons-nous reçu le trésor de Dieu ?

La première des questions que nous devons nous poser, c'est de savoir si nous avons reçu le trésor de Dieu dans nos vies. Dans le passage que nous avons lu, Paul explique que ceux qui ont cru en Jésus sont devenus de nouvelles créatures. Il explique ensuite que leur regard sur les autres a changé. Ils ne regardent plus ceux qui les entourent de façon humaine. Un peu plus tôt, dans sa lettre, Paul explique que les chrétiens sont des vases d'argile qui portent un trésor. En disant cela Paul nous rappelle que nous sommes fragiles mais que nous portons le trésor de Dieu. Or cette affirmation nous permet de poser la première question (qui est de loin la plus importante des questions) : avons-nous reçu ce trésor ? Autrement dit « Sommes-nous sauvés ? ». Avons-nous reçu l'Esprit de Dieu en nous ? Sommes-nous chrétiens ? Je ne sais pas ce que vous répondriez si on vous posait cette question (aujourd'hui!) mais je suppose que certains ne sauraient pas trop quoi répondre, notamment parmi les jeunes. « Je ne sais pas », « je crois que oui », « je ne suis pas sûre » … Pourtant c'est un peu comme si on posait la question à des adultes et qu'on leur demande s'ils sont mariés. Ils ne peuvent pas répondre « Je ne sais pas » ou « je ne suis pas sûr » ni même « peut-être ». C'est oui ou non. Et la question peut donc être posée ainsi : « Etes-vous mariés avec Dieu ? ». Est-ce que vous avez pris un engagement avec Dieu ? Un engagement privé et public, qui a peut-être coïncidé avec votre baptême ou votre confirmation et qui fait de vous un enfant de Dieu ? Si c'est le cas, vous portez maintenant le trésor de Dieu. Comme le dit Paul, vous dégagez alors un parfum qui vient de Dieu et ce parfum est une odeur de vie pour certains et une odeur de mort pour d'autres ! C'est incroyable mais vrai. Certains vont être attirés par vos paroles et votre comportement et ils vont même se tourner vers Dieu. Certains vous voient vivre et vous envient. Le parfum que vous dégagez est pour eux un parfum de vie. Tandis que pour d'autres, vos paroles et votre comportement sont insupportables. Si vous leur parlez de Dieu ils ne voudront même plus vous adresser la parole. Ils vont rejetter vos arguments et ils vont même vous rejeter vous. Le parfum que vous dégagez est un parfum de mort … C'est le même parfum mais il ne produit pas toujours le même effet. Cela ne doit pas nous surprendre puisque Paul nous avertit. Il ajoute aussi que nous reflétons la gloire de Dieu. Cela nous dépasse complètement mais si nous nous sommes (d'une certaine façon) « mariés avec Dieu », alors nous reflétons la gloire de Dieu.

Des disciples qui aiment Sophie la girafe !

Pourtant nous sommes vraiment des vases d'argile. Nous sommes fragiles. Nous remettons souvent les choses importantes à plus tard. Nous n'osons pas toujours parler de Dieu à nos amis et nous n'avons parfois pas trop envie de lire la Bible … D'ailleurs, si les corinthiens reflétaient vraiment la grâce de Dieu (et l'apôtre Paul n'en doute pas), ils étaient aussi des chrétiens fragiles et remplis d'erreurs. Au point que Paul ne cesse de les reprendre et de les corriger. Ils ont l'Esprit de Dieu en eux mais ils ont oublié Sophie la girafe ! Nous y voilà ! Il ne suffit pas d'être converti et de recevoir le salut. Il ne suffit pas d'être réconcilié avec Dieu. Il faut être un disciple. A la fin de la vidéo, il y a cette parole de Jésus qui se trouve dans l'Evangile de Matthieu : « Allez et faites de toutes les nations des disciples ». Dieu ne nous demande pas d'être sauvés et de nous arrêter de vivre. Il nous montre que nous sommes appelés à grandir en connaissance, en sagesse et en amour. Il ne nous demande pas non plus de simplement aider les autres à se convertir. Il nous demande d'être tous des disciples de Christ. Lorsque, dans la vidéo que nous avons vu, ce jeune homme n'arrive pas à parler avec son père de Jésus, nous pouvons penser que c'est parce qu'il s'est un peu laissé allé dans sa relation de disciple … Il a manqué de sagesse et il ne s'est pas mis à l'écoute de Dieu. Il n'a pas su saisir l'urgence de la situation.

Dites « C'est grâce à Dieu » !

Or le début de la sagesse c'est la crainte de l'Eternel (c'est ce qui est écrit dans le livre des Proverbes), le respect que nous lui devons. Ce respect, nous pourrons le manifester dans les grandes comme dans les petites choses. Prenons un exemple. Lorsque quelqu'un nous fait un compliment qu'allons-nous répondre ? Simplement « merci » ? Mais alors nous perdrons une occasion de parler de Dieu et de lui rendre ce qu'il lui appartient ! Tout ce que nous faisons de beau et de bien vient de lui. Les musiciens ont bien joué ce matin ? Nous allons les féliciter ? Nous espérons qu'ils sauront répondre « Mais c'est grâce à Dieu » ! Le pasteur a bien prêché aujourd'hui ? Nous allons le féliciter et le remercier ? Nous espérons qu'il saura répondre « Mais c'est grâce à Dieu ». Lorsque vos amis, vos proches, vos collègues de travail vous féliciteront, pensez à répondre par cette expression : « C'est grâce à Dieu ». En le faisant vous reconnaitrez que c'est Dieu qui vous donne la force d'accomplir des exploits. En le faisant vous commencerez aussi à parler de Dieu aux autres et vous susciterez les réactions et les questions. Et petit à petit vous saurez aussi persuader et supplier ceux qui vous entourent. En effet nous l'avons entendu dans cette lettre de Paul, alors que nous avons même du mal à parler de Dieu, Paul nous montre que nous sommes même appelés à convaincre les autres et à les supplier. Or depuis combien de temps n'avons-nous pas supplié quelqu'un ? A part nos parents pour qu'ils nous achètent le dernier iphone, ou nos enfants pour qu'ils arrêtent de se disputer et pour qu'ils se tiennent tranquilles ? Depuis combien de temps n'avons-nous pas supplié quelqu'un de se réconcilier avec Dieu ?

Je vous en supplie !

Si nous sommes attentifs à l'enseignement des apôtres, si nous sommes de nouvelles créatures et que nous nous soucions de grandir en nous plaçant aux pieds du maître, comme des disciples, alors nous allons parfois sentir un sentiment d'urgence face à ceux qui nous entourent. Et parfois nous nous mettrons à supplier quelqu'un parce que Dieu nous aura montré que c'était le moment. Evidemment nous n'allons pas passer notre temps à supplier tous ceux que nous croisons dans la rue. Nous allons parfois discuter et chercher à convaincre, avec douceur et intelligence. Lorsque nous ne saurons pas quoi répondre, nous le dirons avec humilité, puis nous reviendrons vers ces personnes, après avoir réfléchi et nous continuerons à discuter. Parfois il faudra savoir se taire. Et d'autres fois, il faudra savoir supplier, notamment lorsque nous sentirons que quelqu'un est prêt mais qu'il n'arrive pas à se décider. Nous pourrons alors supplier cette personne de se réconcilier avec Dieu. Comme nous pourrons un jour supplier un frère ou une sœur de se réconcilier avec nous !

Que Dieu nous montre le chemin. Si nous n'avons pas encore reçu son trésor. Si nous ne nous sommes pas encore « mariés » avec lui, alors ne tardons pas à le faire. C'est aujourd'hui le jour du salut ! Et si nous l'avons fait et que nous avons l'impression que notre vie est un peu tiède et que nous ne ressemblons pas beaucoup à ces chrétiens dont parlent Paul, qui tentent de persuader ceux qui les entourent et qui n'hésitent pas non plus à les supplier, alors il nous faut peut-être revenir aux pieds de Jésus pour redevenir un disciple attentif aux paroles du maître. Lorsque nous manquons des occasions, Dieu ne nous accable pas. Lorsque nous remettons des choses importantes (et notamment le temps que nous pouvons accorder à Dieu) à plus tard, Dieu ne nous accable pas. Mais il nous montre que nous sommes en train de nous faire du mal. Nous sommes en train de mépriser sa sagesse. Offrons-lui toute notre vie. Faisons du sport pour lui, de la musique pour lui … et reconnaissons régulièrement que ce que nous faisons et accomplissons, c'est … grâce à Lui ! Et décidons de grandir dans notre connaissance, dans notre amour, dans notre sagesse … car le temps est compté et nous allons un jour comparaître devant notre Dieu. Son nom ? L'Eternel, le Dieu de l'univers (Amos 4,12). Préparons-nous donc aujourd'hui pour ne pas être surpris demain !

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Le Cantique des cantiques, un hymne à l'amour et à la sexualité

  • Par eret
  • Le 13/02/2016

Le cantique des cantiques, un hymne à l'amour et à la sexualité !

C'est un sujet magnifique et difficile. Il est magnifique parce qu'il est question, dans ce livre, de sexualité et que, dans toute la Bible, Dieu nous montre que la sexualité est quelque chose de magnifique. Il est difficile parce que, depuis que le péché est entré dans le monde, la sexualité a été pervertie. Elle est parfois magnifique et d'autres fois dramatique.  Et certains ne peuvent pas entendre parler de ce sujet sans être troublés. Ils sont frustrés, blessés, en souffrance. Avant de vous lire quelques versets de ce livre très particulier je voudrais dire combien je pense à tous ceux qui ont été blessés. Je pense aux veufs, aux veuves, aux divorcés. Je pense aux célibataires. A ceux qui n'ont pas connu de sexualité satisfaisante, à ceux qui ont été abusés et qui ne s'en sont jamais vraiment remis. Je pense aussi aux jeunes qui sont allés un peu trop vite en besogne mais aussi à ceux qui en ont déjà trop vu, malgré leur âge … Je pense aux enfants qui doivent être préparés et préservés. J'aimerais que la lecture de ces versets et que le commentaire de ce livre très particulier, soient quand même un encouragement pour chacun d'entre nous. Si Dieu nous a donné ce livre, c'est qu'il avait de bonnes raisons.

Un livre à enlever de nos Bibles ?

Au-delà de ce qui pourrait nous empêcher, personnellement, d'être à l'écoute de ces paroles, il y a aussi toute l'histoire troublé de ce livre. Certains ont d'ailleurs pensé qu'il ne méritait de figurer dans le « canon » des écritures saintes (autrement dit qu'il fallait l'enlever de la liste des livres inspirés par Dieu). Ils ne pouvaient pas comprendre que ces poèmes érotiques puissent être parole de Dieu. Comme pour le livre d'Esther, certains étaient tout simplement troublés que le nom de Dieu ne soit même pas mentionné dans toutes ces pages. Ils ont alors proposé de retirer ce livre de la Bible. D'autres, convaincus comme nous, que si Dieu s'est occupé de l'inspiration des écritures saintes, il s'est aussi occupé de la constitution du canon biblique, ont alors pensé que le cantique des cantiques était une allégorie complète. Ils ont pensé (et beaucoup le pensent encore) qu'il s'agissait, dans ce texte, de parler de l'amour de Dieu pour son peuple, et seulement de cela. Nous ne pouvons nier que Dieu a souvent parlé de son amour en se comparant à un homme qui aime sa femme. L'idée n'a donc rien d'absurde. Mais nous pouvons aussi croire, comme d'autres, que ce livre parle simplement et clairement de l'amour conjugal et qu'il montre toute la beauté et toute la valeur de la sexualité.

Une histoire à trois ?

Il restait encore à éclaircir la question des personnages. Lorsque nous lisons ce livre nous nous demandons s'il n'est pas question d'une histoire à trois ! Nous comprenons qu'il y a une jeune femme (la shunamite), un jeune homme (qui semble être un berger) mais nous voyons aussi apparaître le roi Salomon (qui est, en outre, l'auteur du livre). Nous pouvons alors penser qu'on nous présente l'histoire d'un amour fidèle et courageux entre un homme simple (un berger) et une femme simple (une shunamite), qui, malgré les pressions du grand roi Salomon (qui pensait pouvoir acheter cet amour), sauront s'aimer vraiment.

L'histoire d'un couple

Le commentaire que j'ai lu récemment ouvre une autre voie. Je voudrais vous en parler ce matin. Cela dit, même si vous n'étiez pas convaincu par cette hypothèse intéressante, cela ne change pas profondément le sens et la valeur de ce livre. Nous croyons qu'il s'agit véritablement de montrer combien l'amour d'un homme et d'une femme peut être beau et bon. Cet amour peut s'exprimer dans la sexualité et la sexualité peut nourrir l'amour. Un commentateur fait en effet remarquer qu'il n'est peut-être pas nécessaire de penser qu'il y a trois personnages. En effet, il n'est pas impossible que l'homme et la femme dont il est question, se désigne mutuellement par des « titres ». Ainsi la jeune femme est « Shunamite » (une Salomonesse!) et le jeune homme est « Sholomon » (un roi pacifié), de la même façon, cette femme est pour lui une princesse (une fille de roi 7,2), alors que le jeune homme est non seulement un roi mais aussi un berger et un jardinier. L'amour qu'il porte pour cette femme lui donne la paix (shalom). Il est donc imaginable que nous soyons simplement en train de lire le récit d'un amour conjugal.

Des descriptions touchantes et troublantes

Ce qui est frappant dans ce livre, ce sont ces descriptions que nous y trouvons sur le corps féminin et sur le corps masculin. Ce sont aussi toutes les allusions à l'extase et au désir. Nous sommes vraiment dans le jardin d'Eden (ce qui signifie le jardin des plaisirs) ! Dans le Cantique des Cantiques, la femme s'extasie sur le corps de celui qu'elle aime. Et l'homme fait de même. L’éloge du corps de la femme le plus éloquent se trouve d'ailleurs peut-être dans la bouche du bien-aimé au chapitre 7 (7.2-6, cf. 4.1-5). Son corps entier, sa beauté, le fascine. Il le décrit avec passion et délice. Commençant par les pieds, il regarde ensuite les cuisses et, montant à la partie la plus intime du bassin (que nos traductions appellent souvent le « nombril »!), puis à l’abdomen et aux seins, il arrive à la tête, au cou, aux yeux, au nez ainsi qu’aux cheveux. Nous lisons que le nombril est « une coupe arrondie où le cocktail ne manque pas » (v. 3). Nous comprenons alors combien nos traductions sont pleines d'euphémismes. En fait de nombril, le jeune homme évoque le sexe de la femme et l'allusion à une boisson extrêmement enivrante (7.3, cf. 8.2) parle de jouissance et d'extase. On comprend que cela ait pu choquer !

Le sommet du cantique : l'acte sexuel

Un spécialiste de l'hébreu biblique fait remarquer que le livre peut se partager en deux. Dans le texte en hébreu, il y a 111 lignes jusqu'au chapitre 4 et au verset 16. Puis 111 autres lignes à partir du chapitre 5 verset 1 jusqu'à la fin. Il semblerait donc que le moment charnière de ce livre soit ces deux versets : 4,16 et 5,1. Or, vous ne serez pas surpris de découvrir que ces versets semblent décrire l'acte sexuel. C'est d'autant plus clair quand on a lu tout le livre et qu'on relit ce court passage : « Toi que j'aime, entre dans ton jardin et mange ses fruits délicieux ! J'entre dans mon jardin (…) je cueille ma myrrhe et mes autres plantes parfumées, je mange mon rayon de miel, je bois mon vin et mon lait. Mangez mes amis, buvez, devenez ivres d'amour ! ». Avant ce passage, et au milieu de toutes ces belles descriptions physiques, nous avons lu ce matin le récit d'une insomnie et d'une difficulté (3,1-5) : je suis malade d'amour. Après ce passage, nous avons aussi lu le récit d'une autre insomnie (5,2-8).

Une première insomnie indispensable (3,1-5)

La première insomnie pourrait être celle que nous vivons lorsque nous sommes remplis de désir et de passion mais qu'il n'est pas encore temps d'assouvir cette passion. Dans son insomnie, nous comprenons que la jeune femme voudrait recevoir le jeune homme dans sa chambre. Elle voudrait même le faire entrer dans la chambre où sa mère l'a conçue. Elle voudrait coucher avec lui et officialiser leur union mais ce n'est pas encore le moment. Elle doit attendre et elle est comme « malade d'amour ». « Je cherche celui que j’aime, je le cherche mais je ne le trouve pas » (3,1-2). Nous pouvons, sans difficulté, penser que cette attente est la bonne attente que doivent vivre les enfants de Dieu lorsqu'ils sont remplis de désir l'un pour l'autre. Ce désir est bon mais il doit savoir attendre. Nous pouvons d'ailleurs noter, au passage, que notre société toute entière ne sait plus attendre. Nous sommes dans une société du trop plein et de l'impatience. Nous voulons tout tout de suite. Les enfants reçoivent des dizaines de cadeaux à Noël et que disent-ils après les avoir tous ouverts ? « C'est tout ? ». Et ce n'est même pas méchant dans leur bouche ! Ils ont beaucoup reçu et ils ne sont pas satisfaits pour autant. Nous vivons dans une époque de liberté sexuelle qui ne nous comble pas pour autant. Et même ceux qui reçoivent (et prennent) beaucoup ne sont pas satisfaits. Avant de vivre l'acte sexuel qui se trouve au centre du livre, la jeune femme et le jeune homme vont devoir attendre. Ils brûlent de passion mais ils sauront attendre le jour de leur engagement. Même si ce n'est qu'une évocation, le mariage est en effet présent dans le cantique des cantiques (3,11). Nous pouvons alors penser que c'est cet événement qui permet alors aux amoureux de pouvoir (enfin!) s'abandonner l'un à l'autre.

Une deuxième insomnie inévitable (5,2-8)

La deuxième insomnie est différente. La jeune femme et le jeune homme ont déjà connu les plaisirs de la chair. Et pourtant le texte que nous avons lu ce matin (et qui raconte cette deuxième « insomnie ») nous décrit des difficultés entre eux. L'homme vient vers la femme mais celle-ci n'est pas prête. Puis elle vient vers lui et il n'est plus là … Elle avait tout préparé. Elle est sans chemise de nuit et lavée (5,3). Enfin, il arrive. Il veut entrer mais, maintenant, pour elle ce n’est plus le moment (v.3). Il n’est pourtant pas découragé et il persiste (v10). Pleinement éveillée maintenant, elle commence à « ouvrir » à son chéri (vv. 5-6), mais il n’est plus là. Elle « cherche », mais elle ne le trouve pas. Il n’est plus au rendez-vous (v. 6). Dans son ardeur amoureuse, elle se sent comme une fille des rues (v. 7, cf. 3.2). Frustrée, elle s’exclame: « Je suis malade d’amour! » (5.8) N'est-ce pas là une image de ce qui arrive souvent dans l'amour et en particulier dans la sexualité ? Nos envies et nos désirs ne sont pas toujours communs. Parfois l'un a envie et l'autre pas. Et parfois lorsque l'envie de l'un s'est envolée, l'envie de l'autre a fini par grandir … Vous avez peut-être connu ces moments difficiles où nous devons apprendre à nous « ajuster ». Ces moments qui nous rendent parfois malades d'amour. Ce n'est pas parce que nous sommes mariés que tout sera facile. C'est une étape indispensable pour que la sexualité soit vécue dans la sécurité et dans la stabilité. Mais cela ne suffit pas. Il faut ensuite s'avoir s'attendre et s'ajuster. Il faut apprendre à connaître l'autre et accepter d'être parfois insatisfait. Nous voyons donc que le cantique des cantiques nous parle véritablement d'amour. Ce n'est pas la sexualité qui est plus forte que la mort. Ce n'est pas l'acte sexuel qui sauvera notre couple. Ce n'est pas non l'acte sexuel qui nous comblera vraiment. C'est l'amour véritable qui permet une sexualité épanouie. Et alors la sexualité peut nourrir l'amour. Mais nous croyons aussi qu'il est possible de vivre pleinement l'amour sans acte sexuel. Nous croyons, non seulement que les célibataires peuvent être heureux sans relation sexuelle (comme certains veufs ou personnes divorcées) mais nous croyons même qu'ils peuvent être plus heureux que certains qui vivent une sexualité débridée et sans amour … Nous devons redire à notre société que la sexualité est une belle chose voulue par Dieu. Nous devons dire à notre société que les chrétiens n'ont aucun problème avec le sexe. Mais nous devons aussi dire à nos proches qu'il est possible de vivre sans relation sexuelle (pendant un temps mais aussi pendant longtemps). Nous devons dire aux jeunes combien il est bon d'attendre. Nous ne sommes pas en train de dire que c'est facile. Mais nous pouvons quand même leur dire que la vie est faite de choix et de renoncement. Se marier c'est renoncer aux autres pour se donner de façon exclusive comme Dieu se donne à nous. Rester célibataire (que nous le choisissions ou que nous le subissions) c'est aussi un renoncement et cela devient parfois un choix. Mais le mariage n'est pas plus facile que le célibat et tous les deux recèlent des trésors. Saurons-nous les découvrir ?

 

Si je n'ai pas l'amour

Si je n'ai pas l'amour je suis une cloche qui résonne (1 Corinthiens 13). Si je n'ai pas l'amour je ne suis rien. Je peux être une « bête de sexe », si je n'ai pas l'amour je suis une cymbale sonore. Mais si j'ai l'amour ; si je comprends que Dieu m'aime ; si je comprends que j'ai de la valeur à ses yeux, alors tout est transformé dans ma vie, non seulement ma sexualité mais aussi mes amitiés, ma relation avec mes parents, avec mes collègues de travail ... Le cantique des cantiques est bien un hymne à l'amour et à la sexualité. Il nous rappelle donc aussi que Dieu nous aime comme un jeune homme aime une jeune femme. Dieu ne veut pas simplement parler avec nous. Il ne veut pas d'une relation platonique et intellectuelle. Il ne veut pas non plus simplement d'une relation « sexuelle », émotionnelle, faite seulement de désir et de plaisir … Il veut nous aimer pleinement et il attend de nous que nous l'aimions pleinement aussi. Il espère que nous saurons nous « marier » avec lui et il espère que nous saurons nous ajuster avec lui. Que nous saurons l'attendre et que nous saurons accepter qu'il soit différent de nous. Son amour est fort. « Ses ardeurs sont des ardeurs de feu. Une flamme de l'Eternel » (8,6).

Soyons convaincus de l'amour de Dieu pour nous. Essayons, avec son aide, de grandir dans cet amour. Témoignons de cet amour autour de nous. Notre amour conjugal, nos amitiés, l'amour que nous portons à nos proches … Tout cela témoignera (ou pas!) de notre amour pour Dieu ! Que Dieu nous vienne en aide !

Pascal Gonzalez, pasteur de l’Eglise Réformée Evangélique.