Une humanité double : homme, femme, pourquoi ? Identité, relation, avenir.

Gen. 1.26-28 et 31.  

Gen. 2.18-25. 1

Cor.6.12-20 et 7.1-7. 
 

Il y a quelques mois l’express intitulé un Dossier : « Les philosophes et la guerre des sexes ». Voici ce qui est écrit : « Les grands penseurs n’ont pas forcément brillé par leur esprit critique lorsqu’ils se sont penchés sur la relation homme-femme et la question de la différence sexuelle. Aristote qui influença toute la tradition occidentale décrète dès le 4eme siècle avant Jésus-Christ que la femme n’est qu’un vulgaire réceptacle à la substance fécondante masculine ». « La distinction sexuelle dès l’antiquité est plutôt comme une donnée de la nature que l’on ne discute pas. Platon divise le genre humain en mâle et femelle comme les pairs et impairs, dans la République ». « La femme est ontologiquement inférieure à l’homme ». Arthur Schopenhauer 1851  « Il ne devrait y avoir au monde que des femmes d’intérieur, appliquées au ménage et des jeunes filles aspirant à le devenir et que l’on formerait non à l’arrogance mais au travail et à la soumission » (Essai sur les femmes).  


Sois loué Eternel notre Dieu. Merci de m'avoir fait homme et pas femme. C'est la prière que faisait chaque matin le grand-père de G. Halimi, rabbin, devant son épouse qui répondait: "Soit loué Eternel notre Dieu. Que ta volonté soit faite." (La nouvelle cause des femmes, Seuil, 1997), p. 88; cette prière est dite dans le film israélien de A. Gitaï, Kadosh, sorti en France en septembre 1999, et que je recommande).  


Le christianisme aurait pu faire bouger les lignes. Jésus prônant l’égalité des deux sexes humains devant Dieu. J’ai lu récemment un livre intitulé « Le Rabbi qui aimait les femmes ». L’auteur montre que Jésus est le premier à prendre parmi le cercle des personnes enseignées des femmes de diverses conditions sociales. Mais… et nous connaissons en partie la suite.

J’avais écrit un article intitulé : « un don de Dieu : la sexualité ». Apprécié par plusieurs mais rejeté par d’autres. Une dame âgée lors d’un entretien m’a exprimé son désaccord en trouvant scandaleux de parler ainsi.

La Bible en parle telle ? Oui. Alors en traitant de ce don avec respect et humilité, les textes bibliques qui en parlent et leurs commentaires ont leur place dans l’église et pas seulement dans des réunions particulières. On parle du péché dans le culte et l’on ne devrait pas parler de la création de l’homme et de la femme, de la sexualité !

Dieu ne pouvait  rassasier son regard en présence que de l’homme. C’est pour cela qu’il est dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » mais son regard a pu pleinement se rassasier après la création de la femme et la bible précise : « Dieu vit que cela était très bon ». Réjouissons-nous avec le Seigneur de cette humanité double. Adressons notre reconnaissance de ce qu’Il a voulu et créé la sexualité ; c’est beau, bien et bon… Ce thème a pleinement sa place dans un culte comme ce matin. 

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui lui convienne parfaitement ! » Ce texte n’exprime pas seulement, pour combler la solitude, le besoin de la femme pour l’homme et de l’homme pour la femme ; il nous donne des informations importantes sur l’identité de l’être humain.

Il montre que l’humanité sera toujours composée d’homme et de femme. L’humain n’est pas créé pour vivre seul, il est un « être avec ». Aucun humain n’est une ile seule, chacun aura besoin de découvrir le prochain, la prochaine. Cette dimension communautaire ne supprime en rien l’individu. C’est à partir du couple, de la communauté que l’individu se forme. C’est aussi le regard de l’autre, le parent d’abord et celui de notre prochain qui permet d’intérioriser que nous sommes quelqu’un, de prendre conscience que  « je suis ». Quand est-ce que l’homme pour la première fois a utilisé le « je », cette première personne du singulier ? Ce n’est pas devant un animal mais pour Adam c’est en présence d’Eve. Il dit: «Cette fois c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ». 
 
Ce texte précise : « Je lui ferai une aide qui sera son vis-à-vis ». La vocation de l’homme est de vivre en relation avec Dieu parce qu’il est image de Dieu. L’image, la photo représente la personne. Un lien est tissé entre les deux, entre la personne et l’image qu’elle représente. Il en est de même entre Dieu et l’homme. L’expression : « Vis-à-vis » veut-dire : « être avec ». Comme l’homme est avec Dieu, l’homme sera avec la femme, la femme avec l’homme. Sans oublier que la femme est aussi avec Dieu car elle est aussi image de Dieu. Pour accomplir leur vocation de servante et de serviteur de Dieu, de gérant du monde et perpétuer l’humanité, l’homme et la femme ont besoin l’un de l’autre,  « de cette  aide qui est son vis-à-vis ». Il est aussi possible de dire que la relation de l’homme et de la femme représente symboliquement la relation qu’ils ont avec Dieu. Mais quelle est la portée de cette affirmation ? « La sexualité est le signe (…) de l’altérité par laquelle Dieu révèle sa propre altérité. »  Cette différence entre l’homme et la femme renvoie à la différence entre l’humain et Dieu et à la nécessité de  reconnaître Dieu et d’accepter la différence entre l’homme et la femme, pour vivre la plénitude humaine. Cette interprétation est confirmée dans le récit de la rupture de la relation entre Dieu et Adam et Eve. Ils s’opposent à Dieu, ils ne sont plus allése avec leur sexualité. Ils ont honte de leur nudité ; ils ont besoin de cache sexe.  
 
Dieu en créant cette humanité double : un homme une femme, communique un message fort sur l’identité de l’humain homme et de l’humain femme.    

  • La similitude. « Os de mes os, chair de ma chair ». L’homme et la femme sont de même essence, de même nature … humaine, pas animale, pas divine. Cette similitude est constitutive de leur être. L’homme et la femme sont création de Dieu. Ils portent les deux l’image de Dieu. Ils sont ensemble chargés de gérer le monde, de vivre une relation privilégiée, en accord permanent. Ils sont dignes de respect. Ils sont responsables chacun devant Dieu. Ils sont semblables, ils sont égaux.
  • La différence. L’homme et la femme ne sont ni un animal, ni un Dieu. Ils portent en eux par leur sexualité cette différence qui fait appel à l’autre pour exister, tant pour venir dans ce monde que pour y vivre. Cette différence est aussi constitutive de leur être.  Cette différence n’est pas seulement une altérité numérique (la différence entre les hommes entre eux ou les femmes entre elles mais une altérité qualitative ou structurelle. La différence est d’ordre biologique, génétique, chromosome XX pour la femme et XY pour l’homme, physique, psychologique etc. Cette différence dans la perspective biblique n’est pas accidentelle mais essentielle. L’homme et la femme n’ont pas d’existence en dehors du masculin et de féminin.
  • La complémentarité. L’homme, il n’est pas bon qu’il soit seul. On peut dire la même chose pour la femme. C’est dans l’acceptation de cette réalité qu’ils pourront accomplir le projet de Dieu pour eux. C’est valable pour le couple comme pour l’ensemble de l’humanité. 
  • La ‘non autonomie’. Ou la finitude ontologique et sexuée. « Devant le Seigneur, la femme ne va pas sans l'homme, et l'homme ne va pas sans la femme. En effet, Dieu a fait la femme à partir du corps de l'homme. Mais l'homme vient au monde grâce à la femme, et tout vient de Dieu. » (Cor 11:11-12) Paul résume cette dépendance de l’homme et de la femme, dépendance envers Dieu et envers les autres. L’homme ne peut combler cette solitude que dans le regard vers la femme, qui lui rappelle la présence de Dieu et sa bonté puisqu’il leur donne d’être, de vivre en relation et peut-être de procréer. Sans l’acceptation de l’autre c’est, une identité perturbée, une relation désordonnée et pas de procréation possible. 

 
Comment se constitue l’identité sexuée ? *

l’enfant naît dans une histoire qui le précède, dans un discours, dans des attentes qui vont avoir un grand impact. Les projections parentales peuvent infléchir profondément l’orientation sexuée d’un enfant.

* le sexe anatomique n’est pas équivalent à la sexuation psychique. Dans son appartenance à son sexe anatomique, l’enfant va chercher le sens et la connotation de son sexe dans le regard de ses parents, de son entourage: c’est le deuxième aspect fondamental. Le regard positif ou au contraire dévalorisant sur chacun des sexes va déterminer beaucoup de choses. Les rapports existant entre les adultes, en lien avec leur identité sexuée d’hommes et de femmes, inscrivent d’entrée l’enfant dans un certain rapport au monde.

* Cela signifie que bien des tendances ne sont pas innées, mais très précocement acquises, et s’imposent à celui qui en est porteur. Il pourra bien sûr lutter contre, ne pas mettre en acte,  mais alors cela se fera parfois au prix d’une longue lutte douloureuse. Un enfant qui entendra des paroles positives concernant son identité sexuée et celle de chacun de ses parents sera  beaucoup mieux armé pour intégrer sans difficulté cette dimension de son être.

* les premières expériences sexuelles ( à type de séduction par un adulte, de jouissance voyeuriste…) jouent un grand rôle dans l’apparition des perturbations des conduites sexuelles.

* l’identité se construit à travers des mécanismes successifs d’identification (vouloir être comme). S’identifier à un être dévalué, ou violent, ou au contraire vécu comme inégalable, ou qui a gravement dysfonctionné dans sa place (inceste, maltraitance) peut être impossible.  

* Un attachement trop grand à l’un des parents comporte le risque de fixer le sujet dans une position passive, ou d’interdire le désir pour l’autre sexe.  

* Freud parle d’une bisexualité psychique de départ (c’est vrai aussi du point de vue anatomique chez l’embryon), par contre le sexe génétique est fixé dès la conception. L’appartenance sexuée se construit. La mère est le 1er objet d’amour pour les deux sexes. Selon la façon dont s’introduira et sera introduit le père (autre différent dans son identité sexuée), selon la régulation des conflits du complexe d’Oedipe, et sa résolution par identification au parent de même sexe, il y aura facilement intégration du sexe anatomique ou non. Tout ce processus se met en place dans les premières années de l’enfance, puis entre en sommeil, pour être repris à l’adolescence. 

 
* l’adolescence est la phase où le sujet recherche son identité propre. Elle comporte une phase d’amitiés très exclusives, avec des personnes de même sexe. Il faut se garder d’y projeter d’emblée un devenir homosexuel. C’est un passage. Devant son corps qui change, dans lequel il ne se reconnaît plus, dans un moment où il se distancie de ses attaches parentales, l’adolescent cherche à se rassurer auprès de son semblable, celui qui peut le comprendre. C’est là la fonction de l’ami intime, et celle des pairs.

Mais à ce moment-là, la sexualité est devenue possible “en vrai”. Le danger d’une fixation existe: soit s’il y a une tendance déjà présente, soit si l’adolescent est pris dans une relation très dépendante avec un adulte de même sexe.

La découverte de notre sexe dès les premières années de vie, son acceptation souvent dans la difficulté n’est-elle pas déjà une expression de la sexualité ?  Le désir qui s’exprime déjà dans un rapport différent de la fille avec son père, du fils avec sa mère. Ensuite la découverte de son propre sexe dans la préadolescence et l’adolescence avec cette énergie qui pousse au besoin de caresser et d’être caressé, à la dépense au cours d’activités physiques (sports ou violences), artistiques (poème, peinture, musique…), éducatives (animation) et altruiste (humanitaire) visible chez les pré-adoscents(es) et les adolescents(es) ; avec des ressemblances et des différences entre les garçons et les filles.  Tous ces éléments sont importants pour nourrir le débat d’aujourd’hui  entre le sexe et le genre. Cette réalité sexuelle, cette expression de la sexualité a un sens, il constitue notre identité comme j’ai essayé de le montrer. S’il est important de comprendre physiquement et psychologiquement la sexualité, les différences entre le garçon et la fille, l’homme et la femme, il est  aussi important de comprendre  pourquoi Dieu l’a voulu ainsi, d’où cette réflexion. Les sciences nous aident dans la découverte de ces différences mais seule la Bible nous permet dans découvrir le sens. Cette sexualité n’est-elle pas aussi «la promesse de relation authentique, mais là seulement où les deux partenaires se reconnaissent indispensables l’un à l’autre dans leur différence irréductible.» 


 
Une relation privilégiée.

Dieu en créant cette humanité double, pour l’homme comme pour la femme, n’a pas opté pour une relation simplement amicale mais pour qu’ils puissent vivrent une intimité forte. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et ils deviendront un  seul être ».

Il faudrait prendre du temps pour montrer comment le couple se forme et définir le mariage et ce que Dieu souhaite pour une vie épanouie du couple mais je ne le ferai pas ce matin. Je soulignerai seulement que Paul parle d’une manière forte de  cette relation entre deux personnes, relation qui implique toute la personne et pas seulement les deux corps. « Ils deviendront un seul être ». Paul en parlant aux Corinthiens du problème avec les prostituées sacrés, le montre. « Ne savez-vous pas que celui qui s’attache à la prostituée est un seul corps avec elle ? » 1 Cor. 6.16. La sexualité imprègne toute notre personne. De plus on peut faire remarquer que le principal organe de la sexualité n’est pas ce que l’on pense mais le cerveau. 

  « Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit et de même la femme à son mari. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. Ne vous privez pas l’un de l’autre si ce n’est d’un commun accord » 1 Cor. 3-5.

Ce texte avec bien d’autres, exprime aussi l’égalité entre l’homme et la femme. La femme n’a pas autorité sur son propre corps ; l’homme n’a pas autorité sur son propre corps ; mais c’est l’autre. Paul est révolutionnaire pour son époque en raison de la place seconde, très souvent très secondaire, tenue par les femmes à l’époque. Paul revalorise la femme et met l’homme à sa juste place. En insistant sur l’égalité Paul ne nie pas la différence et la complémentarité déjà citées.

La prise en compte permanente de ces trois réalités humaines:

  • Evite la domination de l’un sur l’autre et induit la décision d’un commun accord. Cette décision commune ne peut se faire qu’après écoute et discussion avec l’autre. D’où l’absolu nécessité du dialogue dans le couple.  
  • Ecarte la dévalorisation. Les deux, ne savent et ne peuvent tout faire.  
  • Cultive la prise en compte de l’autre dans sa réalité. Elle n’oublie pas que cette réalité change en permanence.  
  • Elle permet de vivre dans l’unité, l’amour, l’harmonie.   

 
L’AVENIR. La procréation. Le texte de la Genèse que nous avons lu n’en dit pas plus. Dieu en créant une humanité double : une femme, un homme à voulu donner une identité particulière à l’être humain afin qu’il reconnaisse la présence de l’AUTRE Dieu et de l’autre humain. Il a voulu que puisse se vivre une relation privilégiée entre un homme et une femme. Nous avons là les deux premières raisons d’être de la sexualité. Faut-il en rester là ! Non ! D’autres textes des origines parlent de : « Multipliez-vous ! ». Le professeur Henri Blocher parle d’une bénédiction surajoutée en mentionnant la procréation. Je n’insisterai pas tant la chose est connue et acceptée. Si un mot pour les couples stériles. La sexualité a toute sa place dans leur vie personnelle et de couple. Je questionnerai sur le contrôle des naissances. J’ai régulièrement posé la question suivante à des responsables protestants et évangéliques : « Vous utilisez le contrôle des naissances mais a-t-il un fondement biblique et lequel ? Un long silence suit ma question ! C’est significatif de la difficulté qu’ils ont à donner une réponse. Voici la mienne. Pour faire vite je dirai qu’il a un double fondement :

  • Une relation privilégiée dans le couple pour toute la vie. Dans la période féconde comme dans celle qui ne l’est plus après la ménopause. Il est possible de découpler « Relation privilégié » et « procréation » mais pas Amour et sexualité comme certains le préconisent et le pratiquent dans l’adultère, la pornographie, etc.
  • Une parenté responsable. Dieu a demandé de gérer le monde et aussi sa famille. L’humain n’est pas un animal et ne doit pas se comporter comme lui. Chercher en couple le nombre d’enfants à mettre au monde et à élever, fait parti de sa responsabilité. Certes il ne maitrisera pas toujours. Mais c’est dans le projet de Dieu pour le couple, de décider d’en avoir un ou 5 ou 10 ou 15 ou plus…ou de ne pas en avoir. Les motivations seront liées à ce qu’est le couple (santé, profession, goût, capacité, moyens,…). 

Pour limiter les naissances, le couple va utiliser des moyens de contrôle. 2 remarques sont nécessaires.  

  1. Distinguer les moyens pour éviter une grossesse et les moyens abortifs utilisés après la grossesse pour la supprimer.
  2. Les moyens de contrôle qu’ils soient naturel, mécanique ou chimique ne sont pas à privilégier parce qu’ils auraient une plus grande valeur morale. La méthode des températures (dites naturelle) ne rapprochera pas plus de Dieu que la pilule. Cette remarque est importante pour les chrétiens car en conscience, en bonne conscience et en fonction de leur situation, de leur goût, des possibilités physiques et psychiques ou autres, ils pourront faire leur choix sur le conseil d’un médecin.

 

En conclusion je ferai encore deux remarques : J’ai donné trois sens à la présence d’homme et de femme dans ce monde. Identitaire, relationnel, procréationnel ou avenir. Je n’ai pas parlé du plaisir comme d’un sens spécifique à la sexualité. Le plaisir est une spécificité de la vie. Plaisir de vivre, de manger, de dormir, de prier, de se rencontrer, etc. Cela inclus le plaisir dans la relation sexuelle. Un plaisir très intense même le plus grand, disent certains. Dieu l’a voulu ainsi en situant les zones les plus érogènes aux lieux de la relation physique. Il a même pourvu la femme d’un organe spécifique du plaisir, le clitoris. Le plaisir ! Oui bien sûr pour tout et toute la vie. J’espère n’avoir choqué personne par mon approche et mon vocabulaire et si c’était le cas, je souhaiterai discrètement en parler avec les personnes. La Bible en parle. Elle nous encourage à en parler plus librement comme elle le fait. Nous glorifierons ainsi encore mieux notre créateur et Sauveur. 

 
Pasteur Maurice RAETZ.